02 mai 2008

Cavatines

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Paris, 1847. Un être mi-démon, mi-homme débarque dans la capitale française. Mais comment vivre dans la société humaine quand on ne connaît rien de ses mœurs, et que l’on n'a ni toit ni argent ?
C’est le défi que va devoir relever la jeune Médel. Embauchée dans une famille bourgeoise, elle fera son apprentissage au milieu de gens en apparence normaux, mais qui se révéleront étranges et bien mystérieux…

Mea Culpa...

Voilà bientôt deux mois que j'ai achevé la lecture d'un roman que je ne pouvais décemment pas passer sous silence. Cavatines est le premier roman de Laure Eslère mais également celui d'une toute jeune mais prometteuse maison d'édition, L'Olibrius Céleste. Une sacrée surprise et l'un de mes gros coups de coeur de cette année. Et pourtant, il n'y en a que deux !

Bien qu'orienté fantastique, Cavatines est un roman d'amourS : les tourments (destructeurs) de la passion, l'amour des autres comme des différences, l'amour de ses convictions, des valeurs... mais également l'amour d'une auteur pour ses personnages et pour l'écriture. Il se dégage un vrai lyrisme, le roman est impregné de noblesse, il ne donne pas envie d'être lu mais d'être dévoré. Paradoxal pour quelqu'un comme moi qui savoure ses lectures !

Pas de monotonie, rebondissements et surprises se succédent avec fluidité, la plume de Laure Eslère est fine, légère et entraînante. Vu le contexte (roman épistolaire, ambiance romanesque), j'avais, à la base, de quoi être sceptique. Que nenni ! Il s'agit d'un travail d'orfèvre, autant sur la forme que sur l'histoire, capable de me réconcilier dans un parfait mélange des genres. Qui dit mélange, dit aussi originalité et de ce côté là, le résultat est finement dosé. On ne rencontre pas tous les jours des fresques romanesques où une femme doit violer pour survivre... Un vrai travail d'orfèvre, je le répète.

Bref, je ne saurais que trop vous conseiller ce roman, non pas seulement pour savoir quelle surprise se cache au coeur de l'entracte mais surtout pour découvrir un talent émergeant.

Les vrais passionnés sont passionnants, Laure Eslère démontre l'adage avec ce premier roman.

Pour le reste, c'est ici  :  http://cavatines.lolibrius.com/



 

14 janvier 2008

Confession

 

 

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Assis, face à face, les deux hommes se fixent, la pénombre est propice à la confidence. Entre eux, plus qu’une différence, une scission, ils ont tant à se dire, à raconter, tous deux vêtus de noir, l’un en soutane, l’autre en costume cravate. Par où commencer…

« - Oui, je l’avoue, j’ai péché. Je l’ai tuée.

Le regard du prêtre reste sombre pourtant, la vérité n’étonne pas. La faute sitôt avouée, le secret de polichinelle levé, la confession ne s’en trouve que plus aisée.

- J’ai fauté par amour, désillusion, continue-t-il. La foi est quelque chose de si fragile, je croyais l’avoir au plus profond de moi. J’ai grandi par elle, pour elle. Elle m’a toujours comblé. Jusqu’à ce jour…

Les journaux de la région ont rapporté la nouvelle dans tout le canton, l’événement, relayé par la population, a fait grand bruit. La jeune Lisa-Marie Perret, employée à la mairie de Saint-Pourcain et mère d’une adorable fillette, retrouvée sauvagement assassinée. Par deux fois l’actualité l’a portée aux nues, bien malgré elle, trois jours avant sa mort, elle avait assisté à un spectacle exceptionnel. Dans un million de vies, ce genre de choses n’arrive que si rarement, mais elle, elle l’a vue.

- Pourquoi avez-vous fait cela ?

- Parce que je sentais que je devais le faire. Pire encore. Par amour…Je n’étais devenu plus rien, noyé dans une mer d’oubli et délaissé envers et contre tout.

- Après qu'elle l'ait vue ?

- Oui…C’est là que tout s’est écroulé pour moi.

Feu Lisa-Marie Perret avait assisté à un miracle, la Vierge Marie lui était apparue, chez elle, des instants qu’elle croyait à jamais inoubliables. De ses yeux se sont mis à couler des larmes de verre, elle avait voulu les conserver religieusement au fond de son armoire comme seul témoignage de ce spectacle divin. Dans son cœur, elle avait senti alors une autre flamme que la douleur qui s’embrasait. Cette apparition a fait renaître de ses cendres le Phœnix des idéaux, une foi enfouie sous le poids d’années trop dures. A présent, la petite boîte aux reliquats cristallins n’est plus qu’une simple pièce à conviction parmi de communs objets.

- J’ai du sang sur les mains. Le Seigneur ne me le pardonnera jamais. Je n’ai qu’à prier pour un semblant de pardon, mais il serait illusoire d’espérer une quelconque grâce de sa part.

L’homme en costume cravate, se redresse et croise les mains. Leurs visages se confrontent toujours, à quelques centimètres. Pour eux, il n’est pas question de juger mais de comprendre.

- Pourquoi je l’ai tuée ? Je vous l’ai dit, par amour.

- Je ne crois pas que ce soit pour cela.

- Peut-être…Par envie de toutes façons, mais par amour tout autant.

- Que s’est-il passé ?

Bien que les détails de l’assassinat aient été révélés par la presse, qui a fait de la jeune mère une Sainte puis une martyr, il voulait en savoir plus. Pas par curiosité morbide mais pour saisir l’acte dans sa globalité. Si on s’arrête au fait, la signification de son geste n’a pas de sens, pourtant la réalité est bien plus compliquée, cachée sous de multiples visages. Le sang ne coule jamais pour couler, il faut savoir lire au-delà, voir plus loin, en amont.

- J’ai pris ce qui me passait sous la main. Un presse-papiers si ma mémoire ne m’égare. Mais je préfère vous éviter les détails. Tout ce qui a été dit est juste.

- Tout ?

- J’ai gardé ma croix, maculée de son sang Je ne tiens pas à me cacher. Je la livrerai à la police en temps voulu.

- Pourquoi êtes-vous allé chez elle ?

- Parce que je voulais la voir, lui parler. Je savais que la colère me rongeait et quel était le moyen de la taire.

- Et l’enfant ?

- Elle n’a rien entendu, je m’étais arrangé pour qu’elle n’assiste pas à tout cela. La pureté ne doit jamais être mêlée à ce genre d’histoires. Je la croyais chez la nourrice. Elle est sortie de sa chambre après mon départ.

- Elle a vu sa mère…

- …mourir à ses pieds. Je le sais, je n’ai jamais voulu cela. C’est la seule chose que je regrette. Elle était aussi ma fille.

Les visages des deux hommes se ternissent, pour la même raison, la fillette.

- Vous regrettez alors ?

- Oui, pour l’enfant. C’est tout. Pour sa mère en aucun cas. Je le dis et le redirai.

Dans le silence qui règne entre eux, un insecte vole, brisant le mutisme nécessaire de ces rares instants où tout se dit là où rien n’est prononcé. D’un coup sec et rapide, le bourdonnement est arrêté en plein vol, la conversation reprend.

- Je suis à présent plus seul que je ne l’ai jamais été. Personne ne me comprend. Je suis face à une même question existentielle. Que reste-t-il quand les fondements de sa propre existence se rompent ? Quand la voûte de ses convictions s’effondre et qu’elle ne laisse derrière elle que la poussière d’une lointaine certitude.

- Vous avez perdu la foi ?

- Je crois. Avant elle, j’étais droit et juste, croyant plus dévot que servile. A présent, je ne sais pas, je ne sais plus. Je veux croire pourtant. Dans mon gouffre intérieur, il y a encore quelque chose. Un peu d’amour. Pour notre Seigneur, mais pas pour elle ! Je la hais…

La colère commence à s’emparer de l’homme, à le déraisonner. Sa folie meurtrière s’exprime soudain.

- Elle a mérité son sort. Elle n’a jamais voulu ce qui lui est arrivé. Elle n’a jamais cru en Dieu avant tout cela ! Que sa mort fasse école ! Maintenant qu’elle a rejoint les cieux, elle peut contempler notre Seigneur en face.

Plus aucune question n’est nécessaire, le voile est levé sur ce qui a conduit et éconduit cet être au-delà des frontières de tout discernement.

- Nous nous reverrons avant le jugement, je m’occupe de votre dossier, dit l’homme en costume cravate en rangeant sa chaise sous la table. A la semaine prochaine.

Il sort alors de la pièce, une valise et ses notes à la main. Il croise une dernière fois le visage de son interlocuteur dans le reflet du miroir sans teint de la salle d'entretien.

Le prêtre se lève alors pour exprimer sa rage, serrant le poing vers le ciel.

- C’est elle qui a eut le privilège de voir la Sainte Vierge. Elle, une athée, une catin ! Je l’ai espéré toute ma vie et c’est une hérétique qui a assisté à un miracle ! Elle, pas moi ! »

 

28 décembre 2007

Ma préférence

497255b2f9838899a530b545f2f590d0.jpgParfois, nostalgie ou hasard, on s'enfourne dans les méandres du passé. Coups de coeur en coups de sang, l'écriture permet de laisser une trace. J'ai retrouvé ce texte de chanson écrit un triste soir d'avril 2002.

 

 MA PREFERENCE

 

 

 

Préférant à aime haine,

Et un le à la peine,

J’ai pris les beaux discours,

Les leçons de moral,

Sans savoir qu’un vautour

Se nourrit en chacal.

J’ai écouté leurs mots,

Vu ces autos brûlées,

Puis, comme un renouveau,

Un premier tour censé…

 

 

La voix du peuple pense,

Hurle et crie au scandale,

Sourire et belle France,

Figure et bonne morale,

C’était ma préférence,

Préférence nationale

 

 

Puisque je nais Français,

J’ai le droit des premiers

Et le pain comme un dû

Des plus bas aux repus,

La clameur et la liesse

De si tristes promesses,

Combat de « bon à rien »

Contre de bons aryens.

 

Je n’avais d’autre choix,

Je n’avais d’autre hâte

Que le dur ou le droit,

République ou diktat,

Un second tour voté

Pour pouvoir tout changer.

 

 

La voix du peuple pense,

Hurle et crie au scandale

Sourire et belle France

Figure et belle morale

C’était ma préférence,

Préférence nationale.

 

 

J’avais une préférence,

Une lointaine espérance,

J’avais foi en l’espoir,

Mais pas celle de ces hommes

De leurs lendemains noirs

Comme une étoile jaune…

 

01 décembre 2007

Anthropomorphisme

Comme quoi le singe n'est pas si éloigné de l'être humain.

Peut etre cela vous rappelera des souvenirs...

 


29 novembre 2007

La profondeur de son regard

 

7909336715095fe120e560f114236907.jpgC’était la belle époque, que dis-je, la grande époque. Période post-ado et passage de bon à rien en nul en tout. Ou, rien n'est bon et tout est nul, qui voudra.

 

Tempo salsa et tempes aux sueurs. Trois heures du mat’, on se trémousse, pans paradant, on reluque les parcelles de chairs exhibées. Les odeurs, aussi disparates que les hygiènes, se joignaient aux volutes de cigarettes. Elles cognaient à l’équivoque des beats, elles confinaient à l’individualisme. Une cave aménagée en piste de danse, pourquoi pas ?

 

Je n’étais pas là pour chercher quelque chose – c’était la meilleure façon de trouver – mais pour passer le temps. Le tuer dans l’œuf. Cette fois, j’avais préféré le noyer en attendant mieux.

 

Et puis il y eut Elle, loin derrière la balustrade.

 

Instants glacés dans la torpeur festive. Bouche béante, limite liquide. Elle sirotait tranquillement un je-ne-savais-quoi-plein-de-glaçons en posant un regard circulaire sur son périmètre vital. Je jalousais ce verre.

 

Quelle profondeur, putain ! J’étais pris d’un vertige surréaliste. Fallait s’approcher.

 

A la mesure de mes pas, se dessinait le ciel dans ses grands yeux effilés. Pas trop de grimages, un sourire timide, la simplicité au naturel. Je m’approchais tant bien que mal, je me maintenais, pédant et menton relevé, tant bien que mâle. Elle était ma sirène en pleine mer.

 

Je la devinais, voyais à travers son regard comme jamais je n’aurais cru. L’immensité m’attirait. Le ciel métal poli laissa alors la place aux étoiles. Plus j’avançais et moins je résistais. Les constellations m’éblouissaient. Plus je m’avançais et plus elle se révélait.

 

Suffisamment près, je bombais le torse et rentrais le ventre. Deux mètres nous séparaient. Comment amorcer le dialogue ? Que dire ? Que faire ?

 

Je soufflais soudain en baissant la tête et amorçant l’escalier en colimaçon.

 

Et merde !

 

Paupières tombantes, tendance cocker, pour expression anémiée. Orbites laiteuses, cherchant un sens à ce début de strabisme, et lacérées de cernes ecchymoses.

 

Telle était la profondeur de son regard.

 

Plus loin que l'azur, au-delà de l'espace... le vide intersidéral.