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29 novembre 2007
La profondeur de son regard
C’était la belle époque, que dis-je, la grande époque. Période post-ado et passage de bon à rien en nul en tout. Ou, rien n'est bon et tout est nul, qui voudra.
Tempo salsa et tempes aux sueurs. Trois heures du mat’, on se trémousse, pans paradant, on reluque les parcelles de chairs exhibées. Les odeurs, aussi disparates que les hygiènes, se joignaient aux volutes de cigarettes. Elles cognaient à l’équivoque des beats, elles confinaient à l’individualisme. Une cave aménagée en piste de danse, pourquoi pas ?
Je n’étais pas là pour chercher quelque chose – c’était la meilleure façon de trouver – mais pour passer le temps. Le tuer dans l’œuf. Cette fois, j’avais préféré le noyer en attendant mieux.
Et puis il y eut Elle, loin derrière la balustrade.
Instants glacés dans la torpeur festive. Bouche béante, limite liquide. Elle sirotait tranquillement un je-ne-savais-quoi-plein-de-glaçons en posant un regard circulaire sur son périmètre vital. Je jalousais ce verre.
Quelle profondeur, putain ! J’étais pris d’un vertige surréaliste. Fallait s’approcher.
A la mesure de mes pas, se dessinait le ciel dans ses grands yeux effilés. Pas trop de grimages, un sourire timide, la simplicité au naturel. Je m’approchais tant bien que mal, je me maintenais, pédant et menton relevé, tant bien que mâle. Elle était ma sirène en pleine mer.
Je la devinais, voyais à travers son regard comme jamais je n’aurais cru. L’immensité m’attirait. Le ciel métal poli laissa alors la place aux étoiles. Plus j’avançais et moins je résistais. Les constellations m’éblouissaient. Plus je m’avançais et plus elle se révélait.
Suffisamment près, je bombais le torse et rentrais le ventre. Deux mètres nous séparaient. Comment amorcer le dialogue ? Que dire ? Que faire ?
Je soufflais soudain en baissant la tête et amorçant l’escalier en colimaçon.
Et merde !
Paupières tombantes, tendance cocker, pour expression anémiée. Orbites laiteuses, cherchant un sens à ce début de strabisme, et lacérées de cernes ecchymoses.
Telle était la profondeur de son regard.
Plus loin que l'azur, au-delà de l'espace... le vide intersidéral.
10:00 Publié dans Nouvelles | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note









Commentaires
C'est ce que l'on appelle "un coup de foudre", non ?
Ecrit par : Koryfée | 29 novembre 2007
Ou se mettre le doigt dans l'oeil !
Le pire, c'est que ça m'est arrivé tel que je l'ai décrit. Du temps de mon frénétique célibat, s'entend. Comme quoi les jeux de lumière et l'alcool favorisent les rencontres.
Ecrit par : Dcancy | 29 novembre 2007
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