« Jeux d'enfants | Page d'accueil | L'ange et la bête - Chapitre 1.2 »

21 juin 2007

L'ange et la bête - Chapitre 1.1

Ca y est, je me lance.

Petit à petit, je vais vous livrer les premiers chapitres de mon roman policier, L'ange et la bête.

Chaque jour, jusqu'au terme du huitième chapitre, vous pourrez lire ici un extrait.

Départ avec le début de l'été et la fête du bruit, de la merguez et de la bière alias la fête de la musique !

La suite dès demain !

 DCANCY

*

 

         Noir. Son regard était noir comme la pénombre granuleuse où il s’enfermait.

Bardée de stores métalliques, la pièce baignait dans une pesanteur striée de dartres, d’éclats de lueurs alanguies. Silence pesant, retenu. Le rare mobilier de l’appartement, réduit au minimum vital, se peuplait d’ombres, de fantômes faméliques. Le salon était fossilisé dans une nuit entretenue envers et contre tout. Autour, sur le parking, sous son balcon, la vie criait, rutilante. Lui restait imperméable, ostensiblement statique, en tailleur sur le canapé.

Le miroir opaque de la télévision éteinte lui renvoyait un visage déformé par les années et les épreuves. Des traits marqués, oblongs et asséchés, cette barbe presque maladive. Nuque voûtée, posture indolente, le teint absent. Un étranger. Il se crispa, pas une larme ne vint s’effiler. Aucune expression, aucune vie. Une forme informe ternie par la douleur. Lui.

Les remords saignent, le tourment embrase.

Ses lèvres revêches ébauchaient les mêmes mots depuis le début d’après-midi. Plusieurs heures qu’il restait prostré là, seul face à l’écho de ses démons. Enseveli dans les méandres de son for intérieur, le mal se débattait, tentait de s’arracher de sa prison. Mais, ni les chaînes du silence, ni l’illusion de l’oubli, ne parvenaient à apaiser sa damnation. Trois ans dans quelques jours et sa souffrance ne tarissait pas. Des bruits sourds à l’étage au-dessus retentirent, une famille certainement, il ne les remarqua même pas.

Dans un sursaut de survie, après tant de léthargie, sa main s’avança, fébrile, en direction de la table basse. Le meuble, en contre-plaqué, était incrusté de poussière grasse. Un livre épais y était posé, comme une offrande sur un autel. Ses doigts caressèrent longuement l’épaisse couverture de cuir. Les motifs s’ébauchèrent dans son esprit : des lignes, oscillatoires, dessinaient deux courbes entrelacés autour d’un sceptre. Les émotions qu’il avait jadis ressenties à son contact n’étaient plus. Ces convictions, pourtant différentes, avaient fait de lui un autre homme, elles avaient érigé un système et un monde pétri d’idéaux.

Il inspira alors comme pour asphyxier la douleur qui le rongeait. Sans succès, le mal le gangrenait sans relâche. Aucune parole, aucune attention n’avait pu le réconforter. Maintenant, il se retrouvait confronté à lui-même et à ce fatal après-midi de mai. Les événements se déroulèrent sous ses yeux, une même scène se répétant inlassablement.

Il crispa alors un peu plus le poing autour du couteau puis ouvrit la bouche pour pousser un cri. Rien ne vint sinon une plainte muette. Un râle aussitôt happé par l’implacable solitude environnante. D’un geste lent et déterminé, il enfonça la pointe de la lame sur son avant-bras. Une goutte de sang écarlate pleura de ses entrailles, elle grossit puis s’écoula en un mince filet. C’était une larme sur l’écorce de ses cicatrices.

         Sans manifester la moindre sensation, il poinçonna le couteau sur sa chair meurtrie. Le métal froid l’étripait dans un craquellement glacial, viscéral. La douleur, chaude et sanguinaire, jaillissait enfin de l’intérieur.

         Les tourments saignent, la peine embrase.

 

Commentaires

Feuilleton policier au programme, chouette! Mais je dis rien ici, j'en sais un peu trop sur la suite, je voudrais pas gâcher le suspense! ;-)

Ecrit par : Kiki | 22 juin 2007

J'en veux plus !!! Voilà un feuilleton qui dès les premières lignes saisit à la gorge. La scène est décrite avec tant de justesse et de finesse que c'est en effet bien plus que des mots que tu nous offres: c'est un film. Toutes les dimensions sont présentes. Tous les sens sont sollicités.

On visualise l'homme sur le canapé, son reflet dans la télévision éteinte. On sent sa douleur, on suffoque avec lui. On entend les voisins au dessus. On entre dans le récit par la fenêtre e l'écran.

Et on piaffe d'impatience en attendant la suite, devant cet arrêt sur image.

Bravo ! La suiiiiiiiiiiiiiite !

Ecrit par : Koryfée | 22 juin 2007

Voilà un début qui donne envie ! Je me réjouis de lire la suite !

Si je puis me permettre, toutefois, il me semble que si la pointe du couteau s'enfonce dans l'avant-bras, on ne peut pas parler d'entrailles, ni utiliser le verbe étriper, s'agissant de parties abdominales. A moins que j'ai mal interprété un double sens, en ce cas, je me tais et je m'excuse.

Ecrit par : Marie | 22 juin 2007

Kiki : tu es en avance mais ne t'avances pas trop. Merci encore de ton soutien, par ton attention autant que ta lecture. Ca fait chaud au coeur après une période de doute.

Koryféé : les sens en éveil, effectivement : le chaud et le froid, le feu et la glace... sans trop en réveler, l'ange et la bete est un roman policier autour d'un phénomène étrange....
Le premier chapitre sera une intro déclinée ici en 3 parties, je le voulais intense, un départ sur les chapeaux de roue.
N'éteins pas l'écran, la suite est encore plus mieux :)

Marie : de ta part, je ne peux que me gargariser que le début te plaise, te pique là où il faut. Quand je parlais d'entrailles et d'étriper, il s'agissait de ce que l'homme - cet homme - garde de plus primaire et plus intime en lui. Son essence, noire. Les entrailles, la bestialité... la bête ?

Je me tais, je n'arrive décidement pas à tenir ma langue.

Suite ce soir !!!

Ecrit par : DCANCY | 23 juin 2007

Ecrire un commentaire