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27 juin 2007

L'ange et la bête - Chapitre 3.2

 

Arnaud croisa les bras, rentrant les épaules. Il paraissait le seul de l’équipe à être surpris. Il s’approcha de Kathy, qui photographiait la scène sous tous les angles. Un courant d’air soudain souffla sur les cendres.

Rien n’avait brûlé autour du cadavre, pas même le tapis tressé et la serviette à carreaux posée à un mètre sur le plateau-repas. Comme dans un tableau surréaliste, les jambes de la défunte étaient intactes, sectionnées à mi-cuisse et croisés sur un pouf. On aurait dit un mannequin de boutiques dont le reste du corps restait à assembler. Ses chaussettes à fleurs, bien que roussies, étaient encore propres.

Les os, comme imprimés en négatif sur le capitonnage, supposaient qu’elle était restée immobile. L’orientation, la télévision mise en sourdine par les services de police : peut-être s’était-elle endormie devant le programme du dimanche soir. Des éraflures d’ongles étaient perceptibles. Ils témoignaient d’un regain soudain, une ultime crispation. La victime aurait brûlé dans l’instant, c’était du moins ce que le décor tendait à démontrer.

- Pas de dégâts au alentour, le devança Kathy. Pas de cause apparente. Des membres intacts. Brûlée vive. Tout rappelle la combustion humaine spontanée.

- Que quoi parles-tu ?

- Le feu qui vient du ciel, l’auto oxydation, l’autocombustion. Un corps qui s’enflamme spontanément, sans raison et surtout sans source de chaleur à proximité. Un phénomène non pas inexpliqué mais inexplicable en l’état actuel de la science. A première vue, ça tombe mal pour nous. Cette mort fait capoter notre affaire, six mois de filatures foutus en l’air.

Au-dessus du cadavre, comme projeté d’une éruption, une nappe de fumée noire voilait le plafond. La boule en papier froissé qui faisait office de lustre n’avait pas fondu, à peine recouverte de scories.

- Comment un feu peut-il être localisé à ce point, s’interrogea Arnaud. L’incendie aurait dû se propager mais c’est comme s’il avait été contenu. Et personne n’a donné l’alerte.

- Sans compter la quantité de combustible et le temps nécessaire pour réduire un corps dans cet état, répondit Kathy qui quadrillait maintenant l’environnement du cadavre. A vue de nez, il aurait fallu plusieurs centaines de kilos de bois et trois heures de rôtisserie. La concierge l’avait pourtant croisée hier après-midi. Aucune entrée suspecte n’a été signalée mais dans un HLM à huit étages, les passages sont fréquents.

            - Tu m’as l’air bien renseignée sur la question de la combustion spontanée. Un brin mystique ?

L’homme avait fini ses prélèvements. Arnaud s’avança. La chaleur qui émanait encore du cadavre lui renvoyait un souffle sinistre. Enfoncé dans un coussin en cendres, le squelette paraissait fossilisé dans la pierre, écorné par une combustion intense. Bien plus qu’un incendie détruisant un bâtiment entier. Arnaud inspecta les alentours. Ses années à la fac de science n’étaient pas complètement perdues.

- Les jambes semblent enduites d’un fluide brillant, graisseux.

- Sous l’impulsion du feu, les tissus adipeux se sont liquéfiés. Banale réaction physiologique. La délimitation nette s’explique par une baisse subite de l’apport énergétique. Elle n’était pas grosse la gaillarde.

- Puisque les bras et le tronc n’ont pas été épargnés, l’embrasement a donc débuté dans la partie supérieure du corps : l’avant bras gauche exactement. Il est proportionnellement plus calciné, donc soumis plus longtemps au feu.

Tandis qu’Arnaud sentait un verre vide, vérifiait la présence d’un bar puis des restes dans les poubelles, Mapa restait en retrait en feuilletant un carnet. Le premier compte-rendu de la PJ lui servit d’alibi. Il finit par s’assurer des bons réflexes du nouveau :

- Dis-moi ce que tu jettes, je te dirais qui tu es.

- Je cherche à savoir si on peut trouver des mégots ou des bouteilles. L’alcool peut être un conducteur, une cigarette, l’impulsion.

- Ni l’un, ni l’autre. Nous avons le dossier de sa dernière visite médical : sportive exemplaire, inscrite à un club d’escrime. Elle préférait diviser les savons sans se servir au passage. Profit, profit…

Arnaud prit les devants et vérifia la conduite de gaz. Par sécurité, elle avait été préalablement verrouillée. Avant de tirer des conclusions hâtives, il fallait écarter la thèse de l’accident.

- Les allumettes sont dans le tiroir, les prises électriques non roussies, confirma Mapa en suivant le rapport. La cuisinière trop éloignée, l’appartement aurait explosé. La source est à chercher ailleurs, il n’y a pas eu d’accident.

- On ne peut pas brûler les gens sans que le feu ne se répande aux alentours. Sans qu’elle n’oppose de résistance. Les rideaux, le tapis, c’est comme si elle avait été posée là.

- Qui te dit qu’elle a été tuée, petit ?

- Dans le cas de l’immolation, les effets sont les mêmes. Il y a quelque chose qui cloche. Elle aurait eu d’autres moyens moins spectaculaires et surtout moins douloureux pour mettre fin à ses jours.

- Qui te dit qu’elle s’est suicidée ?

Arnaud retira son bras de la poubelle. Il fronça les sourcils en retirant une étiquette collée sur son blouson. Mapa touillait un cure-dent entre ses lèvres en fouillant dans les tiroirs, sous les meubles. Une barrette de shit avait déjà été localisée, d’autres ne tarderaient pas à l’être.

- Je ne comprends pas, répondit Arnaud. Qu’est-ce que vous supposez alors ?

- J’attends plutôt tes conclusions. Immersion immédiate, je te l’avais annoncé. Alors, affaire classée ou pas ?

« Il me teste. » pensa-t-il dans un silence perplexe. La scène défiait la logique, l’évidence même. En bon cartésien, Arnaud savait que la science répondrait à ce qui, de prime abord, laissait sceptique. Il ne s’aventura pas sur le terrain où voulait l’entraîner son supérieur. Il y avait une explication et le nouveau ne pouvait par corroborer une explication autre que rationnelle.

- Ce qui saute aux yeux n’est pas vérité absolue. Nous avons affaire à un décor en trompe l’œil et, pour le démystifier, il suffit de changer d’optique. La farce n’en sera que plus grossière.

- Dans quel sens orientons-nous l’investigation ?

- Un combustible laisse des traces matérielles, il faut analyser les moquettes, le plafond où se sont répandues les fumées et les gaz. Les poussières également. Nous trouverons peut-être des sangles carbonisées au milieu des cendres de la femme. Preuve que c’était un meurtre prémédité. Les équipes scientifiques découvriront l’évidence du pot aux roses.

- Elle a effectivement des raisons d’être éliminée, répondit Mapa. La préméditation est manifeste. Les différents cartels possèdent une hiérarchie stricte, ils ne supportent pas l’insubordination. Faire le tour des différentes offres aura été perçu comme un affront. Une rivalité de gang voire même un coup de folie d’un client. Voilà des explications plausibles. Nous reste maintenant à comprendre pourquoi une telle mise en scène.

Avant de partir, la PJ leur déposa une caissette. Parmi les différences objets qui pourraient servir de pièces à conviction, un carnet avait été découvert. Mapa l’ouvrit et reprit un calcul au hasard, recomptant à haute voix. En quelques secondes, par habitude, il comprit que la donne avait été faussée. Les quantités ne correspondaient pas. Les stupéfiants restaient un business, un réseau de magouilles aussi matérielles que mathématiques.

- Tu m'étonnes qu'elle ne s'était pas fait que des amis. Elle recoupait l'herbe pour grossir ses ventes.

 

Commentaires

Ouh là, j'ai pris du retard dans la lecture de ton roman ! Impression, lecture, je viendrai plus tard pour les sentiments !

Ecrit par : Marie | 28 juin 2007

C'est gentil de suivre le cours (ça me touche que les gens continuent à suivre) mais, à partir de lundi, je vais ralentir la cadence. Ce sera un morceau tous les 2 jours, voire 3 je ne sais pas encore, beaucoup plus pratique je pense !

Ecrit par : DCANCY | 28 juin 2007

Quoi ? Que lis-je ? Qu'apprends-je alors que je venais m'injecter ma dose de suspens ? Tu vas dealer moins souvent, ne plus nous donner qu'une barette tous les 2 ou 3 jours ? (si Mapa te lisait, voire Arnaud, tu serais bon pour la taule - mais j'irais t'apporter des oranges, sanguines of course !) Mais c'est que je vais être en manque ! ;-)

Signé : koryfée-sa-délinquante (et va finir en taule aussi. Du coup, pour les oranges, on fera appel à Kiki !)

Ecrit par : Koryfée | 28 juin 2007

Le racket ne passera pas par moi ! Sanguine que tu sois :)

Justement, ta dose de suspens tu l'auras doublement ! Je conçois juste que ce n'est pas évident de venir lire tous les jours. Et puis si l'on veut suivre et que l'on a manqué quelques jours, ça peut paraitre fastidieux !

Ecrit par : DCANCY | 28 juin 2007

Oui, tu as raison, ce rythme sera plus adapté. Et je viendrai chercher ma dose de suspens, sois en assuré !

Ecrit par : Koryfée | 28 juin 2007

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