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30 juin 2007

L'ange et la bête - Chapitre 5.1

 

            L’été approchant, tout bar se devait de posséder une terrasse. L’idée, bien que lucrative, tenait de l’évidence, le passage obligé pour retenir, entretenir le client, quand elle ne s’affichait pas en obligation. La rangée d’arbustes parjurait autant que le rouleau de lattes tressées sonnait l’improvisation. Que dire de ces chaises et ces tables imitant le mobilier de bar des années 50 mais qui sonnaient creux le contreplaqué… Pour clôturer le tableau, une artère de la ville crachait un flot continu de véhicules, à quelques mètres seulement. Claire avait l’impression de ne faire qu’un avec cette excroissance urbaine.

            Elle vérifia une nouvelle fois à sa montre puis tritura sa paille. John-Jacques était en retard. Ce gamin de réserviste ne changerait jamais. Les allers et venus à l’Hôtel-Dieu s’ébauchèrent comme autant de destinées qu’elle imaginait. Là, de l’autre côté de la rue, les acteurs de ses articles poursuivaient leur existence.

            Le message laissé avait aiguisé sa curiosité. L’intervention du matin tenait, à l’évidence, du sensationnel. « Attends-moi comme d’habitude à quatre heures. J’ai l’occasion que tu n’aurais jamais espérée. » Par le passé, le garçon lui avait débusqué des affaires. Le suicide d’un membre du conseil régional, la découverte d’un atelier clandestin. Deux opportunités qui lui avaient échappée pour tomber sous la plume de confirmés. Cette fois, elle ne laisserait pas l’affaire échouer sur le bureau de quelqu’un d’autre.

            Quand un deux-roues se profila, Claire reconnut les bandes réfléchissantes du pantalon kermel des sapeurs-pompiers. Ne tablant pas sur la discrétion, John-J se plaisait dans le tape à l’œil, croyant dur comme fer que le fantasme de l’uniforme était universel. Plutôt beau garçon, il jouait son va-tout sur l’apparence, seule chose qui avait évolué chez lui. A dix-neuf ans, il était directement passé de l’immaturité adolescente à l’arrogance de son nouveau statut.

            - J’aurais dû anticiper ton retard, lâcha-t-elle en posant son calepin pour interpeller la serveuse.

            - L’essentiel, c’est que je sois là. Tu as vu cette chaleur, je suis encore trempé de sueur. Si le temps ne vire pas à la pluie, c’est restriction d’eau dès le mois de juin.

            - Viens-en aux faits. Qu’est-ce que vous avez découvert ce matin ?

            - Une fille retrouvée morte, brûlée, chez elle. Le premier barbecue de la saison, un poil trop de cuisson et un assaisonnement au parfum bon marché.

Le garçon commanda une bière au vol, non sans lorgner sur le décolleté de la serveuse. Il avait l’air d’un benêt découvrant la différence homme-femme.

- Monsieur s’y connaît en barbaque, reprit Claire en commençant à écrire. Les incendies sont courant pourtant, à moins que ce soit un meurtre.

            - Ni l’un ni l’autre. Son appartement est comme neuf. Le feu ne s’est pas propagé. Chose étrange, il n’y a pas de cause apparente. Elle semble être la source du feu, s’être spontanément embrasée.

            - Continue, tu m’intéresses…

            - Je me suis renseigné sur la question, continua le réserviste fier de l’ascendance qu’il créait. Un collègue m’a parlé d’un fait similaire, dans un petit bourg lorrain, le cas d’Uruffe et de Mme Kazmirczak. C’était en mai 1977. Elle habitait dans le logement de fonction de son fils, instituteur. Ce soir-là, il était de sortie. Vers trois heures du matin, la voisine de palier se réveille en sursaut. Son lit baigne dans une mer de fumée. Aussitôt debout, elle s’aperçoit que le foyer provient de sous la porte de la vieille femme. Des petites flammes sont en train de dévorer le paillasson. Elle appelle aussitôt les pompiers mais il est déjà trop tard. Son corps gît carbonisé sur le plancher, contre la porte d’entrée. Les jambes, le bassin et le bras droit sont propres, intacts alors que le reste n’est que cendres… Hallucinant ?

            - Quelles conclusions en ont été tirées ?

- Une enquête a été ouverte. Les hypothèses les plus plausibles ont été reprises : explosion d’une bombe aérosol ou d’un gaz, crime, foudre… En fin de compte, l’expertise admet la possibilité d’une combustion humaine spontanée. Le parquet de Nancy prononcera une ordonnance de non-lieu.

- Je n’ai jamais entendu de tels cas, confirma-t-elle. Qui était la femme de ce matin ? C’est une première dans la région ?

Claire sous-entendait : « Ca risque de faire grand bruit ? » Du paranormal, la peur, l’horreur, autant de thèmes qui méritaient un article conséquent, capable de marquer les esprits. Le vocabulaire du réserviste paraissait anobli par des connaissances professionnelles.

- Bien entendu ! Depuis plusieurs décennies, aucun cas vérifié n’a été répertorié. Ce qu’on a découvert est pire. Si Mme Kazmirczak avait tenté de s’enfuir alors que des flammes la dévoraient, cette fille s’est laissée carboniser. Elle est restée immobile, vautrée devant le film du dimanche soir !

- Consumée par les habitudes, murmura Claire comprenant soudain qu’elle parlait à haute voix. Peut-être était-elle morte avant la crémation ?

- Ce n’est pas à écarter mais comment expliquer que le corps se soit consumé à une telle rapidité. La porte était verrouillée de l’intérieur, aucune trace d’effraction.

- Quels ont été les dégâts ? L’origine du foyer, pas de causes déterminées, je suppute ?

- J’aime quand tu supputes, reprit John-J aussi désintéressé que pouvait l’être un loup affamé. Pour être réduit en cendres, un corps humain nécessite une longue crémation. La chaleur doit osciller entre 1800 et 2500 degrés. D’ordinaire, un tissu ou une matière oxydante, comme le vernis utilisé pour protéger les revêtements de bois, et une atmosphère humide suffisent. Le feu est alors le résultat d’une action et d’une instabilité biologiques.

A grand renfort de gestuelle, le gamin expliqua le BA.B.A. des règles de sécurité. La maigre formation qu’avait nécessitée son poste trouvait une voie d’accomplissement. Il se frottait le menton, stéréotype galvaudé de la sagesse. John-J était touchant de maladresse.

La recette d’un incendie relevait de la simplicité. Un linge, imbibé d’huile d’origine végétale, qui traînait et la chaleur s’accumulait. Le tout macérait à une température estivale et le temps laissait le mal s’étendre. D’autres conditions favorables existaient, il suffisait de jeter le chiffon dans une poubelle remplie de papiers. Ou pire, sous la loupe d’une fenêtre ensoleillée, près d’un revêtement ou de toute autre matière inflammable et le tour était joué. Des précautions étaient souhaitables, aérer ou laver à l’eau, un récipient métallique. Plusieurs années de négligence pouvaient être à l’origine de l’accident.

- Des conditions peuvent coïncider, la présence d’électricité statique ou le seuil du point éclair, la température minimum pour engendrer une propagation de la combustion en l’absence de flamme pilote.

- Quel brillant cours de sécurité, l’interrompit Claire impatiente. Les conditions sont drastiques mais le feu s’est uniquement focalisé sur la victime, n’est-ce pas ?

            John-J haussa les épaules. Aucune explication physique ne tenait debout. Il continua en frottant l’anse de sa bière. Le mouvement était éloquent d’onanisme, ses yeux commençaient à crépiter :

Commentaires

La combustion spontanée... Est-ce un phénomène circonscrit à Clermont-Ferrand ou y a t-il des risques de propagation jusqu'à Panam ? Voilà que je me prends à avoir peur ! ;-)
En tout cas, le suspens est là, bien là, et c'est un rendez-vous attendu que celui de découvrir chapître par chapître les rebondissements.
Vraiment .
J'en veux plus !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!! La suiteeeeeeeeeeeeeeeee !!!!!!!!!!!!

PS : en tout cas, si je m'enflamme dans des conditions inexpliquées et que Mapa ou Claire fouille dans les méandres de mon ordinateur, alors il (elle) risque de voir en toi un possible suspect !

Ecrit par : Koryfée | 01 juillet 2007

Prise au jeu ? Merci, tu fais de toi une parfaite attachée de presse... Embauchée sur et certain ! Si tu t'enflammes, effectivement, le suspect sera désigné d'office. Côté ange ou côté bête ?

Ecrit par : DCANCY | 03 juillet 2007

Pour ce qui est du suspect, un certain David C....chuuuuuuuuuttttt, c'est top secret, l'enquête est en cours et nous n'avons le droit de ne laisser filtrer aucune information, je ne saurais le placer du côté de la bête alors qu'il me donne du bonheur à découvrir chaque jour plus avant son récit ! :)

Ecrit par : Koryfée | 04 juillet 2007

Hum... méfie toi, en chaque être sommeil un côté obscur (doctrine jedaique) qui ne demande qu'à s'éveiller.

Je plaide coupable, mais avec circonstances atténuantes : "Crime passionnel..." Avec ça, je devrais m'en sortir.

Ecrit par : DCANCY | 09 juillet 2007

Soit, j'accepte les circonstances atténuantes, mais c'est bien parce que c'est toi ! :)))

Quant à moi, je reconnais être une pauvre petite victime consentante ;-)

Signé : koryfée-des-siennes

Ecrit par : koryfée | 09 juillet 2007

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