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02 juillet 2007
L'ange et la bête - Chapitre 5.2
- Même les limites d’inflammabilité d’un mélange n’expliquent pas la localisation du foyer, continua John-J. L’appartement était aéré. Il y avait des traces de roussi, de dégagement de fumée mais à plus de cinquante centimètres de son corps, rien, aucun dégâts. A croire à une sélectivité du feu.
- Le feu aurait alors agi comme une fièvre dévorante, demanda Claire en accélérant la prise de notes. Le fait qu’elle soit morte avant cette auto-inflammation expliquerait que le foyer ne s’est pas propagé. Puisqu’elle ne s’est pas débattue, elle a en quelques sortes contenu le foyer.
- Impossible ! Les flammes devaient être intenses pour réduire jusqu’à ses os. Tu verrais son corps ! On aurait dit le crâne d’un nain ! L’appartement, l’immeuble aurait dû, en plus, s’embraser. Oublie cette idée, l’origine est inexpliquée. Mon expérience est peut-être courte mais personne de l’équipe n’avait de réponse. Et ce n’est pas l’expertise scientifique qui va prouver aux flics qu’ils sont plus malins.
- Que faisaient-ils là-bas avec vous ?
- Deux équipes de poulets se sont succédées. On a demandé les renforts de la PJ quand on a commencé à douter. Ils n’avaient pas l’air de comprendre mieux que nous. Un peu plus tard, une équipe spéciale nous a demandés de déguerpir. C’est à partir de là que j’ai commencé à penser à toi. L’affaire sortait vraiment de l’ordinaire.
Les ambitions enfouies de Claire retrouvaient la lueur du jour. Sa respiration haletait, son souffle n’était que saccades. Elle tenait enfin quelque chose d’intéressant.
- Tu as des photos, John-J ? Je suis comme Saint-Thomas, je ne crois que ce que je vois.
Le gamin sourit, posa ses doigts en pieuvre autour de la bière avant de la finir aussitôt. Puis il se leva. « Je peux te les imprimer, je les ai transférées sur mon ordinateur. On va chez moi ? » Il commençait à poser ses conditions. Claire obtempéra et paya les consommations. L’excitation était à son comble. Son discours de chantage à la rédaction, elle l’avait maintes fois répété. Le moyen de pression était dans son camp.
Le gamin avait encore une chambre chez ses parents. Après quelques politesses à une mère déphasée par un excès de pilules, ils s’enfermèrent au fond d’un sombre couloir.
Le papier-peint avec des vaisseaux de l’espace débordait de posters de skaters, de blondasses étalées sur des bolides de tuning. Sur les rayons de l’étagère, d’autres ramassis d’exubérances pubertaires prenaient la poussière. Claire enjamba un carton rempli de bandes dessinées, le fil d’une manette de jeu vidéo traînant sur le lit pour s’approcher de l’ordinateur. A l’heure où certaines de ses amies devenaient mères, elle découvrait leurs affres à venir.
- Qu’on se mette d’accord, répéta John-J en quittant ses chaussures, je risque gros. Je n’aurais pas dû transférer ces photos sur ma boîte mail personnelle. Je te rends un service anonyme.
- Ne t’inquiète pas, soupira-t-elle impatiente. Les autres fois, je n’ai pas dénoncé ma source dans la caserne. Tant qu’on continuera de s’ignorer en public, ce sera parfait. Les flics ont eu accès à toutes les infos que tu as ?
- De ce que j’ai cru comprendre, ils préfèrent attendre avant de l’ébruiter. Nous avons reçu un ordre de leur part. Tant qu’ils n’ont pas d’explications, ils garderont le fait pour eux. La BAC est une entité qui aime tout contrôler. Elle lâche le morceau quand elle a tout pesé.
- La BAC est sur le coup ? Ca me plait de plus en plus. Vite, le rapport.
- Il faut être patiente, chaque chose a son prix…
A l’aise, puisque sur son territoire, John-J pianota quelques instants, téléchargea les différents dossiers. Derrière lui, le visage de Claire s’éclairait. A l’apparition des premières images, il l’éblouissait. Elle ne parvenait pas à y croire. Elle sortit des cartouches d’encre de son sac et les lui posa sur le bureau. L’imprimante commença à cracher les photos.
- Tu avais raison, c’est sidérant, confirma-t-elle en s’asseyant sur le lit et scrutant les détails. Dire qu’hier, elle était vivante !
- Et les jambes indemnes. A peine enduites de suie, elles auraient dû fondre totalement. On ne comprend pas pourquoi le feu s’est arrêté de lui-même à ce niveau.
- Le canapé où elle était assise a cramé, renchérit-elle. Pas le lustre japonais, ni le tapis. La porte coulissante n’a pas été marquée par les flammes, ce sont juste des poussières. Le plastique de la télécommande a à peine fondu, là où devait être posée sa main… L’article va prendre toute la rubrique, surtout que c’est un scoop.
- Je pense même plutôt à la une, répondit-il debout devant elle.
- Ce n’est qu’un fait divers, il faut relativiser. Il y a d’autres actualités plus importantes. Avec ce que tu m’apportes, je peux tenir une rubrique sur plusieurs jours, à n’en pas douter. C’est déjà pas mal.
- Détrompe-toi, insista-t-il. C’est la chance de ta carrière, ne la sous-estime pas. Tu as le moyen d’atteindre une promotion. Juste ce que tu attends.
- Qu’est-ce qui te rend si sûr de toi ?
- Je sais que ce n’est pas prêt de s’arrêter…
18:00 Publié dans L'ange et la bête - ROMAN | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note









Commentaires
Question métaphysique et existe-en-ciel (le), David : plus ça va, plus je me consume d'impatience de découvrir la suite. Sont-ce les premiers signes de combustion spontanée ? Car alors... au secours !!!!!!!!!!
PS : un lustre japonais, hum, voilà qui irait bien chez moi... -)))
Ecrit par : koryfée | 03 juillet 2007
Pour ce qui est de l'existe-en-ciel, je crois qu'il va falloir patienter quelques mois pour savoir ce qu'il en est de ce recueil.
T'enflamme pas trop vite, maintenant c'est deux chapitres par semaine. L'autre saga de l'été ;)
En passant, gros merci à Kiki qui a corrigé l'Ange et la bête, en remarquant les coquilles et autres fautes impardonnables ! Aie... tiens, je me fouette pour la peine !
Ecrit par : DCANCY | 03 juillet 2007
Mais qu'avez-vous tous deux à susciter en moi cet état de manque, prolongeant l'attente entre deux publications de votre prose ? Je suis accro, moi, par votre faute, et ... fière de l'être !
Signé : koryfée-son-impatiente
Ecrit par : Koryfée | 04 juillet 2007
Mefie toi, généralement l'addiction ce n'est pas pour de bonnes choses.
Mais dans ton cas, je le prends bien et te prescris une abstinence forcée kikinesque de plusieurs semaines mais avec deux doses de l'Ange et la Bete par semaine comme substitut. Non remboursé par la sécu, désolé.
Dr Dav'
Ecrit par : DCANCY | 09 juillet 2007
Ouf ! Me voilà sauvée ! Car pour palier l'état de manque kikineskien, il me fallait un dealer assurant un double approvisionnement !
Signé : koryfée-sa-délinquante-notoire
PS : la sécu serait bien inspirée de rembourser ton EPO (Elixir-Particulièrement -Opérant) sous forme de droits d'auteur ! Je croise les baguettes en ce sens.
Ecrit par : koryfée | 09 juillet 2007
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