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05 juillet 2007
L'ange et la bête - Chapitre 6.1
Erwan Audigier était un homme de pouvoir. Si ses excès de zèle trahissaient surtout une peur du débordement, son sentiment de supériorité était lié à une obsession de la perfection. Il devait tout voir, tout contrôler, tout vérifier. Son omniprésence, comme une justification de sa position, possédait néanmoins une contrepartie positive.
L’intégration d’Arnaud Magne avait été fignolée jusqu’au moindre détail. En l’espace de deux fois quatre jours – le 4-2, une semaine réglementaire à la BAC entre deux jours de repos – l’essentiel de leur fonction avait été montée selon un cahier des charges. Passage par la canine, la patrouille de nuit, puis immersion au poste radio central. Kathy s’efforça pourtant de le rassurer, au bout de quelques temps, Mapa, le lieutenant, donnerait un peu de lest à sa laisse.
Une vieille rancune vis à vis de la capitale le poussait à comparer leurs activités à celles du service auquel le nouveau avait été attaché. Tant de cynisme n’était pas foncièrement usurpé. La rue était leur scène, Putes, drogués et soûlauds, leur public. A quelques pas de son appartement, Arnaud découvrait l’envers du décor. Le quartier du palais de justice, institution sacralisée, pullulait de pratiques pourtant condamnées intra-muros. Ultime bastion sur une terre désolée, l’idéal de l’équité était au comble de l’ironie sous le perron même de l’entrée administrative. La nuit venue, un groupe de marginaux se formait à la fenêtre du symbole de la société égalitaire.
Arnaud Magne fut présenté aux commerçantes du quartier. Leur pas-de-porte, une paire de jambes à l’enseigne bas-résille, annonçait la couleur. La prostitution était un commerce né avec l’homme, malgré les lois, rien ne pourrait l’entraver. A défaut de l’interdire, il fallait la réguler. La présence de la BAC, censée limiter le prosélytisme, se devait de régulariser les problèmes.
Les professionnelles de la ville étaient considérées comme des monuments régionaux. Elles faisaient partie du paysage tant elles avaient usé le bitume de leurs talons et leurs présences. Contrairement aux filles débauchées des pays émergents, elles ne posaient pas de problèmes. Un appartement loué par leurs propres moyens, assumant jusqu’au bout leur condition, elles avaient su gagner la confiance des forces de police en jouant franc jeu. Un passage hebdomadaire, signifiant la présence de leurs anges gardiens, était la réponse du berger à la bergère. Tant qu’elles ne cachaient rien, ils les protègeraient. Le consensus était tacite depuis bien longtemps, aucune législation n’avait changé la donne.
Une altercation, puis une bagarre avait devancé le programme. Arnaud aurait dû leur être présentées le lendemain. Kathy était leur porte-parole, Mapa, dans une hantise de l’insalubrité, restait assis dans la voiture banalisée. Les rapports étaient son domaine de prédilection.
Une pute molestant un client rue des quatre passeports. Le fait aurait pu prêter à sourire mais Kathy gardait son sérieux, tentait de calmer Michelle. C’était une femme d’une cinquantaine d’années, propre sur elle et bien conservée, sans maquillage outrancier. Elle balança un nouveau coup de pied dans le ventre du mauvais payeur assis contre un mur pisseux. La comparaison entre sa radinerie et ses performances précédentes furent longuement déployées.
- Mou de la bourse, hurla-t-elle. Tu croyais m’avoir comme ça ! Pauvre niais, t’as rien inventé. On me la fait pas !
- Reprends tes esprits, la rassura Kathy en considérant les environs. Tu te fais de la mauvaise pub, là.
- Le troisième en un mois, j’en ai ma claque !
Le gardien de la paix s’accroupit devant le jeune homme. Autant terrorisé par son initiatrice que par l’uniforme, il ne pipait mot. Et pleurait à chaudes larmes. Il oscillait entre excuses et demande de grâce pour ses parents. Son nez éclaté, pissant le sang, semblait être le dernier de ses soucis.
- Je vais payer, pleurnicha-t-il. C’était pas voulu. Mes allocations étudiantes sont tombées, j’avais juste pas retiré assez !
- Tu sais ce que tu risques, le sermonna Kathy qui se devait d’en rajouter. Arrestation pour racolage, tu comprends ce que ça veut dire ? Ca restera gravé sur ton casier judiciaire plus longtemps que la balafre que tu vas avoir.
Michelle voulut le frapper à nouveau, elle fut interrompue. Kathy nota son numéro de carte d’identité sur un morceau de papier. Le jeune homme sombrait en déconfiture. Il se recroquevilla d’avantage, pris de soubresauts. Curieusement, les passants évitaient la ruelle.
- Laissez-moi vérifier dans mon sac à dos, j’ai peut-être mon chéquier, supplia-t-il.
- La mémoire te revient, dit alors Kathy en haussant le ton. J’espère que tu auras largement de quoi payer ton dû. Une telle initiation doit être récompensée à sa juste valeur.
Elle désigna d’un signe de tête la voiture. Mapa était assis côté passager. La musique de l’autoradio résonnait jusqu’à eux.
- Lui, c’est mon chef, il aura moins de pitié que moi. Si votre affaire n’est pas réglée très vite, il va perdre patience et me demander ce qui se passe. Pour la suite, tu devines. Tu recevras un beau courrier en recommandé d’ici la fin de semaine. Joue pas au con, tu serais perdant.
Le client s’exécuta, se leva puis, prenant soin de contourner la vieille femme, retrouva le studio du rez-de-chaussée pour récupérer ses affaires. Kathy profita de l’occasion pour présenter son co-équipier. Arnaud ressentit un certain mal-être en lui serrant la main. Paraître en fonction dans son quartier n’était pas la discrétion qu’il recherchait.
- Je remplace Antonio Barrada, répondit poliment le nouveau coordinateur. Nous aurons l’occasion de nous recroiser, j’espère que ça se passera bien.
- Si tu as l’esprit sagace de ton prédécesseur, renchérit Michelle qui avait repris sa posture d’affaires, je ne me fais pas de soucis. Nous cohabiterons en parfaite harmonie.
Alors qu’elle venait de l’empoigner, et retirait langoureusement sa main, Arnaud sourit. Une montée de chaleur faillit marquer sa gêne. Il toussota puis laissa le jeune homme s’immiscer. Il avait déjà rempli le chèque, arrondissant au passage pour se prémunir de quelconque reproche. Michelle ramassa aussitôt son dû et le glissa sous sa ceinture en similicuir.
Tandis que le client déguerpissait dans un couloir entre deux bâtiments, Mapa les siffla. Le téléphone à l’oreille signifiait un appel d’urgence. Kathy reprit le volant, Arnaud sa place à l’arrière. Le gyrophare fut aussitôt ventousé, la Mégane disparut aussitôt.
- Autoroute A71, direction sud, sortie 2, lança Mapa laconique en reposant le combiné dans la boîte à gant. Une urgence encore…
18:00 Publié dans L'ange et la bête - ROMAN | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note









Commentaires
Une urgence sur l'A71, direction sud, sortie 2... Hum, s'agirait-il de la disparition de David Cancy ? ;-))
Koryfée, assise à l'arrière de la voiture de police, gyrophare hurlant, n'osa pas poser la question à Mapa...
Ecrit par : Koryfée | 08 juillet 2007
Koryféé serait-elle suspectée ? Hélas, trop tard, l'engrenage est lancé, comme la Mégane qui l'enrole dans les méandres de l'Auvergne. Coupable ? Heureusement non. Mais la fatigue, le boulot, les démarches administratives et financieres pour la maison oui. Zou, on leve le pied et la Koryféé, libérée, peut voler de ses petites ailes.
Ecrit par : DCANCY | 09 juillet 2007
Oui, Koryfée vole à nouveau, ravie que tu lui offres une maison , laquelle va lui permettre de fuir sa voisine "inondeuse" ! Waouhhhhhhhh !!!!!! ... Comment ? La maison... ce n'est pas pour moi ? Gloups !
Mais bon, je ne t'en tiens pas rigueur, c'est pour ma voisine, c'est ça ? Au moins serai-je assurée de ne plus avoir au dessus de ma tête quelqu'un qui fait la pluie et ... la pluie !
:)))
Signé : Koryfée-son-espiègle
Ecrit par : koryfée | 09 juillet 2007
Tant que tu parles de ta voisine, justement je n'ai pas compris ce qu'il se passe avec elle (pour les curieux, direction ici :http://koryfee.over-blog.com/article-11181277.html ). C'est par sa faute que Koryland est devenu les Flots bleus ?
Ecrit par : DCANCY | 09 juillet 2007
Ce qu'il se passe ? Hum, comment dire... elle met régulièrement en route son lave-linge en omettant de brancher le tuyau d'évacuation d'eau. Et généralement, elle part faire ses courses ou se recouche. Donc tout le cycle de la lessive se déroule sans qu'elle ne se rende compte de rien. Et moi en dessous de faire le Shadok, pompant, pompant ... et pompée ! Quatre fois en quatre ans , qui dit mieux ?
Ne me demande pas pourquoi elle débranche ce fameux tuyau,c'est un tuyau que peut-être Mapa ou ses inspecteurs pourrait nous donner, car je m'épuise à chercher. En vain.
Et cette année, j'ai même dû aller voir d'anciens collègues d'Arnaud Magne. En effet, non seulement elle n'a pas déclaré le sinistre et a refusé l'accès à son appartement, mais elle a essayé de maquiller les traces de ses méfaits. Je me suis vue contrainte de porter plainte au commissariat.
Que du bonheur !
Ecrit par : koryfée | 09 juillet 2007
Charmante voisine dis-donc, c'est sa compagnie d'assurance qui doit être contente (moins que toi j'imagine). Je comprends mieux les travaux. C'est à se demander si elle ne le fait pas volontairement à cette fréquence. Vive le voisinage !
Ecrit par : DCANCY | 10 juillet 2007
Non, pour les 3 premiers sinistres... c'est ma compagnie d'assurance qui a payé (convention Cidre, passée entre toutes les assurances, selon laquelle sous un certain plafond de frais, pour éviter les paperasses, chaque assureur prend en charge son assuré ) : donc cerise sur le gâteau c'est mon assurance qui a trinqué à chaque fois pour moi... et ma prime d'assurance qui a grimpé chaque année ! Cette année, face aux récidives, mon assurance s'est ENFIN retournée contre l'assurance de la voisine.
Oui, vive le voisinage en effet, surtout quand la-dite voisine se prend pour la grenouille de météo-France et fait la pluie et la pluie chez vous ...
Chère, adorable, vénérable voisine, si tu m'entends !
Signé : Koryfée-sa-michel-drucker
Ecrit par : Koryfée | 11 juillet 2007
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