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18 juillet 2007
L'ange et la bête - Chapitre 8.1
D’énormes paluches lui sautèrent à la gorge. Arnaud les contint une première fois puis, après un pas de côté, se retrouva face à son agresseur. La seconde attaque fut soudaine. Il était cerné, la strangulation lâche. Habilement, il parvint à sortir son coude et fit mine de frapper. Le coéquipier recula en position de départ, trottant sur place.
Anthony Bayard, la Masse, était un pur saute-dessus. Adepte de l’expéditif et des poursuites endiablées, il ne faisait pas dans la dentelle. « Ca passe ou ça casse. » était sa devise. Faussement grassouillet, plutôt trapu, il s’avérait n’être que puissance et muscles. Durant leur service commun, contrôles d’identité et patrouille en zone sensible, Arnaud avait vite cerné le personnage. Trente-huit ans, marié à une infirmière, deux enfants, il était apprécié par ses collègues pour sa frappe et sa présence taciturne. Les profils qui tenaient en une phrase avaient ceci de particulier qu’ils instauraient un climat de confiance immédiat.
Pourtant, quand la Masse s’était présenté comme son partenaire dans les cours d’autodéfense, tout crédit s’était éventé. Face à lui sur le tatami, il revoyait le gardien de la paix durant le flag de l’après-midi. Ses poings étaient des enclumes et le nouveau imaginait son crâne en pastèque. Déglutissant une nouvelle fois, Arnaud s’efforça de sympathiser avec son collègue et regarda tout autour de lui. Des membres du GIGN, des CRS se regroupaient en un cours commun de Krav-Maga.
Méthode israélienne de self-défense conçue dans les années 40, la discipline, loin d’être conventionnelle, relevait de différents sports de combats où tous les coups étaient permis. Le but restait d’éliminer les mouvements inutiles, tant en défense qu’au corps à corps. Quand on était confronté à une violence quotidienne, pouvant surgir n’importe où, il fallait être armé de réflexes. Le cours se voulait réaliste avec des méthodes simples. Alors qu’Arnaud tournait en rond autour de son agresseur, le professeur abaissa la lumière. Ils devaient être parés à chaque cas de figure.
La Masse profita de l’aubaine et immobilisa Arnaud. Déséquilibré, ce dernier roula sur le sol, sans parvenir à retenir le quintal écrasé sur lui. La cage thoracique écrasée, son souffle se coupa. Arnaud se débattit mais l’assaillant était coriace. Une montagne n’aurait pas été plus ébranlable. Ecrasé contre le tatami, il parvint à dégager ses jambes. Tous les coups étant permis, les coquilles de protection de mise, la Masse déclara forfait en se relevant. L’entrejambe comme les globes oculaires étaient des points sensibles.
Les rôles allaient être inversés. Tandis qu’il attendait le signal du nouvel exercice, Arnaud découvrit Kathy Vieira assise sur un banc. Il finit par la saluer. En robe à franches et pull tunisien à nuances bistre, la femme était méconnaissable. La touche bohème de ses bracelets, sa large écharpe multicolore, tranchait avec l’austérité de l’uniforme. Arnaud réalisa en fin de séance qu’elle était venue pour lui. A peine lavé et habillé, il fut alpagué. La sueur de l’eau perlait encore sur son front.
- Bonnes techniques, lança-t-elle visiblement impressionnée. Je n’aurais pas donné cher de toi face à la Masse. Pour les femmes, le prof est moins conciliant.
- Peut-être parce que dans la rue, les agresseurs n’ont aucune pitié.
Anthony déboula précipitamment pour s’enfuir vers l’extérieur. L’être était aussi ours.
- Il commence à être connu dans les rues. Tu verras qu’en sa présence, les récidivistes se calment, les autres ne savent pas à qui ils ont affaire et le regrettent vite. Il s’arrange pour ne pas laisser de marque.
- Ca passe ou ça casse, plaisanta Arnaud en changeant son sac d’épaule. Je ne rentre pas chez moi de suite, discuter autour d’un verre te conviendrait ? On pourrait faire plus amplement connaissance.
Kathy poussa un petit rire en roulant des yeux. Puis lui toucha l’avant-bras :
- J’allais te le proposer. En tout bien, tout honneur… ?
- Avec moi, aucun risque. Je ne me mélange plus vie privé et boulot. Une fois m’a suffit. Dix secondes de plaisir, dix semaines d’emmerdes.
- On est fait pour s’entendre alors. Partant pour une ballade jusqu’en centre-ville ?
Arnaud réfléchit alors. Quand il était plongé dans ses pensées, il paraissait tellement ailleurs, quasi absent. Le regard fixe, les lèvres entrouvertes et son visage se teintaient de candeur. Son âme d’enfant remontait à la surface. Kathy avait sitôt remarqué cette particularité lors de leur rencontre. Elle le brusqua en claquant du talon.
- Qui ne dit mot consent.
Et elle l’entraîna dehors.
Mi-chien, mi-loup, la ville revêtait ses artifices et, tandis les lueurs germaient du crépuscule, l’aurore courait sur les façades. Elle enténébrait les lézardes, épaississait les empreintes de pollution dans sa course sans obstacles. La sinistrose était patente. Des immeubles monolithes aux rideaux baissés des franchises, des places asséchées aux pavés grisonnants, le public retrouvait sa solennité. La représentation était achevée, le théâtre fermait ses portes. Même les pigeons tournoyaient au-dessus des ruelles comme accrochés à un lustre de berceau.
Guidant la marche, Kathy épilogua sur l’architecture, les couleurs. A plusieurs reprises, elle lui désigna des détails hors de portée des badauds voûtés. Une fresque, le fleuron d’une église noyée entre les bâtiments ou des corniches. Elle collectionnait ce qu’elle appelait ses petits trésors depuis presque vingt ans. Alors qu’elle tapotait sur son sac à main, elle sourit. « Mon appareil ne me quitte jamais. La photo permet un regard différent, un réapprentissage de l’environnement. C’en est philosophique tellement c’est obsédant. »
De fil en aiguille, elle évoqua ces passions qui donnaient de la consistance à une existence basée sur la répression. Ses soirées karaoké ou thrillers, les ballades en nature, sa maîtrise de la cuisine exotique, autant d’exutoires face à la pression. Elle aimait autant la routine qu’elle tentait de s’en affranchir par des habitudes. Rester inactive la hantait en rêve morbide. Plusieurs semaines à l’avance, ses projets étaient établis, comme les alternatives aux aléas. Cette obsession de l’exhaustivité semblait être l’apanage de ses nouveaux coéquipiers… Arnaud était à mille lieux de cet état d’esprit. La tranquillité discrète restait son moteur. Il se contentait de hocher la tête.
- Pas de place pour le hasard, conclut-il finalement. En repos jusqu’à demain, tu n’as pas fait ce trajet uniquement pour me parler de toi, n’est-ce pas ?
- Tu as mis du temps, petit, le railla-t-elle ironique. Je reste une femme passéiste, attendant un geste de l’autre.
18:00 Publié dans L'ange et la bête - ROMAN | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note









Commentaires
ça passe ou ça casse, moi je dis : ça passe ! Et quand est-ce que le chapître 8.2 repasse ? Car je m'auto-consume spontanément (koryfan oblige), suspendue à ta plume sans savoir si Kathy et ...
Ecrit par : Koryfée | 21 juillet 2007
Si... et... que de pistes autant probables qu'improbables... La lecture s'arrêtera, hélas, avec la diffusion du chapitre 8.3.
Mais autre chose devrait prendre la suite : plus adapté au blog, entre deux diffusions de nouvelles.
Ecrit par : DCANCY | 25 juillet 2007
Ouf, enfin des bonnes nouvelles pour commencer la journée ! Et de un : il y aura un chapitre 8.3 donc sevrage non immédiat (sourire). Et de deux : il y aura des nouvelles qui prendront le relais , autrement dit, la drogue cancyenne (drogue douce) continuera à être fournie. Ouf, tu deales aussi l'été !
Me voilà rassurée.
Signé : Koryfée-une-délinquante
Ecrit par : Koryfée | 26 juillet 2007
Chichis, beignets, chouchous,qui n'en veut à lire ? C'est moins cher que pas cher...
Je réfléchis à ce qui pourrait prendre la suite, entre mes tiroirs (disquettes) pétris de fourbis et l'envie de nouveautés. La pause (bien méritée... ?)sera fin aout à mi-septembre direction Sete. J'en reve déjà alors, en attendant, j'azertise ! Mon évasion virtuelle.
Ecrit par : DCANCY | 28 juillet 2007
Sète, le soleil. Aaaah, l'évasion, j'en rêve, sous le ciel gris et pluvieux de Panam déserté. Heureusement qu'il y a azerty pour nous jouer sa mélodie et couvrir la complainte du ciel !
Commande express pour Koryfée: Beignets à la confiture de framboises et autres petits gâteaux cancyens à volonté !
Signé : koryfée-sa-gourmande
Ecrit par : Koryfée | 29 juillet 2007
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