« Je suis un étranger (1/2) | Page d'accueil | Exorcisme »

23 août 2007

Je suis un étranger (2/2)

.........

     

          La confrontation avec la lumière extérieure me fût brutale, je ne l’imaginais pas aussi perçante. Je ne voyais rien, aveuglé par la pureté de ce souffle onirique, j’étais pétrifié.

Me protégeant d’un bras de la clarté divine, j’avançais néanmoins d’un pas, tenant fermement dans mon autre main le gourdin. Celui qui m’avait protégé des monstres de la nuit durant de nombreuses années, lui seul pouvait maintenant me rassurer.

            Je marchais sur un sol de glace, dans mon antre, je ne connaissais que poussière et rudesse. Le froid me perçait de ses doigts agiles et fourchus, une sensation étrange me parcourut l’échine et remonta jusqu’à ma nuque. Fractionnée en carrés lisses, cette terre ne ressemblait en rien à celle où j’avais vécue jusqu’alors. Je découvrais le carrelage.

Petit à petit, je commençais à discerner les contours des objets qui m’entouraient, leurs couleurs s’assouplirent et perdirent de leur magnificence pour me sembler plus matérielles. Ce qui était devant moi ressemblait à un guéridon. Bien que recouvert de poussière, il brillait d’un feu clair et luisant, reflétant ainsi de nombreuses ombres.

            Je sentais des bêtes affamées prêtes à se jeter sur moi, terrées, m’épiant pour mieux me surprendre. Pourtant je voulais maintenant découvrir leur monde, la peur au ventre. D’autres facettes m’apparurent progressivement, succinctes tout d’abord, puis m’envahissant de leur véracité frêle et sauvage. Le papier-peint – ce fut du moins cela que je me représentais – exaltait mille teintes, si âpres pour qui y était vierge, elles m’envoûtaient dangereusement. Des monstres s’y logeaient très certainement, grouillant dans les murs, cherchant le moment où elles pourraient s’immiscer et me ronger de leurs crocs acérés.

La maison semblait abandonnée, la nuit l’avait pénétrée faisant fuir les habitants, je ne percevais aucune présence humaine. Les démons avaient eu raison de mes parents, ils pouvaient alors se répandre là où ils avaient été exclus. Ma chambre, protégée de leurs assauts par mes parents, m’en avait mis à l’abri. A présent que j’étais libre, j’étais à leur merci. Pourtant le pire ne fut pas ce que j’imaginais mais ce que je vis alors.  

            Face à moi, un être se tenait debout à demi voûté. Sa vision fut un second choc.

Son faciès boursouflé et livide regardait dans ma direction, il paraissait effrayé, tout comme moi. Les traits de sa face, meurtris par les flammes de l’enfer, m’attendaient depuis longtemps, pour me montrer ce qu’était le visage de la douleur. Son front large et bosselé était partiellement recouvert par une fine crinière brune reléguée sur une partie de son crâne. Il ne bougeait pas, je fis de même.

Je tentais de ne pas montrer la peur qui me parcourait l’échine. Au moindre mouvement, il allait se jeter sur moi et me livrer en pâture aux autres créatures serviles qui attendaient dans son ombre.

Sa peau, semblable aux écailles d’un dragon, vibrait sous une épaisse couche revêche, palpitante et fébrile. Ses longs bras dépassant d’un accoutrement ténébreux menaient à une arme diabolique. Je m’approchais alors et tendis la main dans sa direction, il me frôla le bout des doigts. Je reculais soudain terrorisé par ce que je venais de réaliser.

De ses mains, Dieu avait créé toute chose, la Terre, le vent, la vie, le désir…le beau. Sa grâce, aussi infinie soit-elle, voulait également protéger l’être humain de l’autre versant de sa création. Mes parents en étaient les derniers cerbères. Je rejoins alors mon antre, pour ne plus jamais en ressortir. J’avais vu le monde dans cette surface froide et immuable de verre lisse.

Ecrire un commentaire