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30 août 2007
Exorcisme
Les rideaux sont tirés, les volets clos. Des stries de lumière, dardées d’un jour altruiste, lacèrent les entrailles brumeuses de la pièce. Mais les volutes épaisses ondoient, se dispersent, esquivent. L’atmosphère est épurée, concentré sur l’essentiel : rien ne doit perturber la cérémonie. L’encens, quadrillé autour de moi en reliques protectrices, n’est qu’un prétexte. Tout se passe à l’intérieur.
Dans les tréfonds de mon être.
Le démon est viscéral, logé de part et d’autre de mon corps et de mon âme. Il persiste depuis trop longtemps. Il s’exprime par ma gorge nouée, mes mains tremblotantes, il tombera sous celles-ci. Une flamme vacillante plane à quelques centimètres, juste sous mon nez. Des fantômes y trémoussent, évanescents et exaltés. Je crois y décerner un visage, celui d’un monstre céruléen. Entre l’excitation du vide et l’indépendance promise, les doigts, mes doigts s’agitent.
Je ferme les yeux. Je ne veux plus voir, je veux comprendre. Et déglutis.
Mes tempes carillonnent rapidement. Elles rythment avec ce sang qui afflue, assoiffé d’une même faim. Ce sont des veines qui cerclent mon crâne. C’est une tiare révolutionnaire qui gronde, une ferveur populaire qui s’exhale. Mes tempes. J’espère les entendre sonner le glas, elles marquent le début de la confrontation. Le rituel, longuement anticipé, ne durera que quelques minutes. Et enfin, je serai libre.
Ca me pénètre, le mal s’insuffle, je le souffle. Mon être se pose en suspend, guette. Entre la peur de ce qui a été et de ce qui sera, je plane dans l’incertitude de mes certitudes. Et si je me surestimais ? Dans une lutte contre soi, il n’y a qu’un unique vainqueur. Mon pouls s’emballe, ma respiration se cadence derechef. Je guette ces sensations, ce leurre de plaisir, de plénitude. Rien. Je pousse mes sens à leur paroxysme. Toujours rien.
Je me concentre et me dégage du monde extérieur.
Le geste, rien que le geste.
Les sensations, rien que les sensations.
Le bien, le mal-être, la satisfaction… le rituel amorce son épilogue : je ne vais ni mieux, ni pire, aucune réelle sensation. Rien n’a changé sauf la prise de conscience. Je ne m’étais pas trompé, c’est l’habitude qui leurre et ment. Il n’y a rien à retenir de ces années si ce n’est un conditionnement dans lequel je m’étais enfermé moi-même. Tout, jusqu’alors, n’a été qu’illusion. Cette séance m’aura ouvert les yeux sur mes profondes convictions.
Les volutes de fumée, bleues métalliques, s’échappent une dernière fois de ma bouche. Elles sont aussitôt happées par celle de l’encens. Je me lève. Le destin du mal est scellé.
Hors de moi.
Porté par l’euphorie d’un jour nouveau, j’écrase ma dernière clope.
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Commentaires
Ouaip, vas-y, mets le paquet contre la cigarette, mégote pas avec ce foutu mégot qui tape dans ton magot, éclope la clope sans pitié, qu'elle reparte clopin-clopant, estourbis-là sous les mots, tabasse le tabac, époumone-toi pour offrir un break à tes poumons, je te souffle tous mes encouragements Nicorette en croisant les doigts pour que cette dernière séance soit la bonne! Très beau texte! Peut-être que ce combat Malboro vs Cancy va te permettre de nous offrir d'autres compositions de cette teneur (mais pas en goudron, hein, en tout bon!). Arrêter de fumer, ça pourrait être une bonne idée de fil conducteur entre les nouvelles d'un recueil, tu trouves pas?
Ecrit par : Kiki | 30 août 2007
ATTENTION spoiler !
C'est pas encore gagné mais de report en report, d'essai infructueux en d'autres tentatives, je ne desespere pas d'arriver à arrêter. Ca m'a filé au coup au moral ces échecs successifs : le pire c'est de mesurer l'ampleur du piege et de ne pas parvenir à s'en défaire. Mais l'envie et toujours là, j'attends la rencontre avec une forte motivation, pour l'instant balbutiante. Qui sait, peut etre devrais-je arreter d'arreter avant de rebondir un jour à venir ?
Pour l'idée du fil conducteur entre des nouvelles, elle est très bonne, mieux, elle m'inspire depuis que j'ai lu ton message... A méditer (et construire).
Merci de ton soutien en tous cas, ça m'a fait chaud au coeur (et mal à la gorge quand j'en ai repris une!)
Ecrit par : DCANCY | 30 août 2007
Tu veux une motivation supplémentaire? La nicotine est l'ennemie des artères en général et donc de l'érection en particulier! C'est pas au lit que tu risques de faire un tabac si tu continues, donc! ;-) Sinon, oui, je pense que l'arrêt de la cigarette peut vraiment être un bon fil rouge, il y a les circonstances, les effets, les conséquences, les étapes du sevrage, le changement des relations avec les autres, fumeurs en particulier... Enfin, j'imagine assez bien mais je n'ai jamais fumé donc il me manque des éléments d'appréciation! Mais, écrire là-dessus, ça peut être aussi une manière de mener le combat pour toi, allez, prends ton BIC! (pas le briquet, hein, le stylo!). J'attends de lire ça!
Ecrit par : Kiki | 30 août 2007
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