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01 septembre 2007

A deux doigts (Partie I)

 

03aa7e8f673724259a0d4761d7f6497f.jpgBeaux jours et presse people faisaient bon ménage. Les potins mondains permettaient de se dédouaner de scrupules et officialisaient cette prédisposition humaine à la veulerie facile. Ils se savouraient comme un cocktail une soirée d’été : si savoureux et léger qu’il tenait du plaisir immédiat. Thomas était peu friand de ce genre de lecture mais les visites chez la grand-mère permettaient une mise à jour régulière des péripéties de la jet-set. S’allongeant dans le jardin, il se délecta des dernières nouvelles.

          Le bac en poche, il avait essayé la fac. « Pour tenter l’expérience. ». Mais, faute de cours intéressants et surtout la possibilité de s’absenter au gré de son non-vouloir, Thomas s’était peu à peu lassé de la vie d’étudiant. Seul le côté nocturne l’occupait réellement, la beuverie, la drague et la fête. Ses maigres subventions servaient ainsi plus à étancher ses soifs qu’à nourrir le squelettique jeune homme qu’il était.

 

            Alors, quand le frigo de son studio criait famine, il fallait quémander vers les parents, la grand-mère compatissante. « Je sais, c’est dur d’avoir vingt ans, mon petit. ». Un billet discret dans la poche et il repartait s’acheter des sachets de pâtes et du riz.. Avec trois quarts de siècle dans le dos, elle ne possédait guère d’autres attraits. Derrière son sourire candide, dénué de tout ressentiment, elle avait le cœur et les bourses sur la main. Voilà ce que Thomas appréciait le plus chez elle.

            Tandis qu’elle préparait un chocolat – comme toujours accompagné de tablettes au riz soufflées – il s’assit sur le rebord de la terrasse. Les pieds en éventail dans l’herbe grandissante, il se laissait aller à son pêché mignon, la paresse.

            Se projetant des années en avant, Thomas voulait devenir, aux yeux de ses petits enfants, celle qu’elle était avec lui, généreuse. Tout ce qu’elle lui donnait n’était que partie remise. Il le redonnerait plus tard. Mais chaque chose en son temps, il était jeune, libre, en proie à mille désirs et, tant qu’il le pourrait, resterait ainsi.

             Au bout de son pied gauche, sur le gros orteil, les premières scissures d’un ongle incarné coloraient maladivement sa peau. Il n’avait pas encore – pas suffisamment – mal, le médecin attendrait bien. Une mouche tenta de se poser sur le début de croûte, il la chassa adroitement.

             Détourné par un bruit, son attention se dirigea soudain au pied du sapin. Sortant de la terre, il vit quelque chose en mouvement, une minuscule chose couleur chair se contorsionnait comme cherchant de l’air. Thomas se leva alors, intrigué.

             A mesure qu’il avançait, ses yeux se plissèrent pour mieux voir. Au milieu d’aiguilles et de restes de pommes de pin tombées au sol, le petit être, fin et allongé, semblait vouloir sortir. Le jeune homme s’entreprit discret, retenant ses pas sur l’herbe. L’entendant approcher, la chose se retourna dans sa direction.

C’était un doigt ! Un long et interminable doigt.

            Stupéfait, il se pencha au-dessus. La chose, encore en surface, recula aussitôt dans son tunnel pour se terrer définitivement.

             Thomas passa alors la main sur la surface de son crâne rasé. Il repensa à ce qu’il avait fait le matin, la veille. Non, il n’avait pris aucune drogue, ou aucun autre dérivé illicite depuis plus d’une semaine…Il leva la tête au ciel. Le soleil était radieux et éclatant. Trop certainement, suffisant pour lui monter à la tête. Du rebord de la fenêtre de la cuisine, Mamie l’appela alors. « Ton chocolat est prêt. »

             Assis l’un en face de l’autre, autour d’une nappe vichy d’un bleu bien fade, ils commencèrent, comme à leur habitude, par parler des parents de Thomas. Les mêmes phrases revinrent dans la bouche du petit-fils, les mêmes expressions, les mêmes intonations lasses d’être répétées. Dans leur quotidien si tranquille, rien ne se passait. Rien de chez rien. Mais Mamie aimait écouter, se plaisait dans ces petites conversations familiales.

             Telle une allégorie du vide, Thomas détailla les plus infimes des dérisoires détails. Des courses au centre commercial jusqu’à la rencontre, fortuite, avec une lointaine tante à la boulangerie le dimanche matin, tout fut passé en revue. Mamie était contente, Mamie entendait du son. Le succinct monologue dura puis Thomas se trouva en manque d’inspiration. Il s’arrêta alors, réalisant qu’il venait de raconter, en une dizaine de minutes, des événements qui ne valaient guère plus qu’un long soupir.

            
            Suite demain !

 

Commentaires

Si la publicité pour la friandise photographiée (Aaaaah ! Me faire ça alors que je suis au travail, en salle de lecture, bloquée devant mon écran, c'est de la torture !) scande " ... deux doigts coupent faim", c'est l'inverse qui se produit avec ta nouvelle : elle attise la faim d'en savoir davantage sur cette mystérieuse apparition d'un doigt dans la terre.
Vivement "deux-mains" la suite !

Signé : Koryf'affamée

Ecrit par : Koryfée | 01 septembre 2007

Désolé pour le Twix, si ça t'a mis en appetit. Je pensais que le flan t'aurait suffi :)
J'aime bien faire durer le suspens.

Ecrit par : DCANCY | 07 septembre 2007

Le flan aussi s'était enfui, car le meilleur fournisseur de Koryflans de Panam est en congés depuis un mois !

Signé : Koryfaffamée

Ecrit par : Koryfée | 08 septembre 2007

Rassure moi, j'espere qu'il est reviendu (1 mois de vacances pas mal même s'il bosse dur). Ne flan-che pas !

Ecrit par : DCANCY | 08 septembre 2007

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