« A deux doigts (Partie I) | Page d'accueil | A deux doigts (Partie III) »

02 septembre 2007

A deux doigts (Partie II)

f7095f855693a84cd80761873eb9b38c.jpg            Mamie jeta un regard par la fenêtre en ouvrant son porte-monnaie.

             « - Qu’est ce que mon gazon a poussé, dit-elle.

             - C’est comme tout, ça pousse, répondit Thomas en saisissant le billet tendu. C’est pas encore la forêt vierge ça va.

- Ce serait quand même plus beau un peu plus court.

- Ca a son charme comme ça aussi.

- C’est dommage que ton père travaille, je lui aurai demandé de passer la tondeuse…

             - Il a beaucoup de boulot ces temps-ci, c’est clair, s’exclama-t-il en l’embrassant sur la joue. Je vais te laisser, j’ai des cours à réviser. Passe une bonne après-midi.

             - Toi aussi, mon Loulou.

             Comme une marée montante et écumante, les lèvres de la grand-mère se posèrent sur la peau mal rasée de Thomas. Une sensation fébrile et humide en guise de baiser, elle le laissa repartir. « Reviens quand tu veux mon petit. » Il lui fit un signe de la main et s’éclipsa rapidement. Sur le palier, il s’essuya la joue avant de partir en direction du domicile parentale. Il avait encore besoin d’un peu de liquidité.

             - Si tu veux de l’argent, rends-toi un peu utile.

             La mère de Thomas aimait essayer de se donner de l’importance quand la situation le lui permettait. Femme complexe à la banalité affligeante, elle croyait que l’argent pouvait lui offrir ce que sa nature n’avait pu lui donner : du crédit.

            Du haut de son mètre cinquante-huit, talons compris, l’autorité restait une vertu plus que secondaire. Il en avait toujours été ainsi. Alors Thomas répondait de son timbre la plus désolé, « Oui, maman. Mais je suis en plein dans les examens… ». A chaque fois, elle s’en contentait et ouvrait le tiroir-caisse.

            Mais pas aujourd’hui.

             - Ca fait huit mois que tu es dans les examens. Et toujours aucun résultat.

             - On a les notes en fin d’année scolaire. Les profs ne sont pas très rapides.

             - Va tondre la pelouse de Mamie et tu auras ton argent.

             Derrière le regain de puissance maternelle, Thomas sentait l’influence de son père. Cette manière de faire des phrases courtes, d’employer l’impératif et de se parfaire d’un ton péremptoire. Elle se mit à croiser les bras pour le et se convaincre, inclinant légèrement la tête sur le côté puis tambourinant des doigts. C’était vraiment là son père qui parlait, par une voix aiguë et fatalement insipide.

             - OK, je m’en occuperai dans la semaine…

             - Non, non. Cet après-midi.

             - Cet après-midi ?

             - Oui, pas d’efforts, pas d’confort. La tondeuse est déjà chez Mamie. Tu repasseras me voir après pour chercher ton dû.

             Bras ballants, Thomas retourna alors chez sa grand-mère, non sans avoir l’impression que ses stratagèmes opéraient de moins en moins.

             - Tu es revenu, mon Loulou ? Viens me faire un bisou.

             Et Mamie tartina à nouveau les joues du petit-fils pour marquer sa satisfaction. Thomas répondit d’un sourire amer et se dirigea dans le jardin, non sans se faire congratuler de cette bonne volonté soudaine.

            La cabane, bâti des mains de son père, se cachait tout au fond du terrain, à côté d’un tas de bois morts, sous un immense saule pleureur. C’était un fourre-tout, un bric-à-brac constitué d’outils, de produits d’entretien ou de vieux objets en perdition. Une odeur d’humidité, due à un hiver pluvieux, se montrait hostile dans ces relents de moisissure. Thomas traîna dehors la tondeuse à essence, dépité à l’idée de travailler pour avoir de l’argent.

             Vêtue d’un chapeau de paille, Mamie s’approcha.

             - C’est gentil mon petit…Mais il faudrait ramasser tout ce qui traîne sur l’herbe. Ca risque de bloquer la tondeuse.

             - OK…

             Un sac sous le bras, Thomas entreprit un tour du jardin tandis que l’hôtesse retournait dans la maison. Effectivement le gazon avait bien poussé depuis le dernier passage de son père. Des pommes de pin, jonchées ça et là autour du sapin, dépassaient à peine de l’herbe, il n’en fallait pas plus pour bloquer la tondeuse.

Une idée germa dans l’esprit de Thomas… Il hocha négativement la tête. Ce serait ensuite à lui de réparer  la machine. C’est alors que le doigt resurgit du sol.

 

             Suite et fin demain !

Commentaires

Naaaaaaaaaaaaan ! Je voulais tout aujourd'hui ! C'est une torture de me laisser ainsi sur ma faim, alors que je croyais pouvoir savourer la chute dès aujourd'hui. A qui appartient ce doigt ? Certainement pas à un Twix, car ce n'est pas un coupe-faim, au contraire, mais une mise en appétît ce récit.

Et dire que je vais devoir partir au travail - oui, un dimanche, et jusqu'à 19h même :(((- sans avoir eu la cerise sur ce gâteau : la chute... Si c'est pas dur , ça... ;-)

Ecrit par : Koryfée | 02 septembre 2007

Comme Koryfée! Je m'en venais engloutir la fin et.....arrrghhh....faudra attendre jusqu'à demain!!!! Tu serais pas en train, mine de rien, entre beaux adjectifs et phrases délicatement taillées, de nous faire un doigt depuis le jardin de tes mots, toi?! ;-)))

Ecrit par : Kiki | 02 septembre 2007

Ah ben ça alors ! Demain, c'est aujourd'hui (tu me suis jusque-là ?) or que vois-je, que lis-je ? Pas ma troisième part de récit, niet, rien, un écran vierge.
Et mon estomac de hurler famine. Tu veux que je meure d'inanition ou quoi ? La suite, je veux la suiiiiiiiiiite ! Et de suiiiiiite, s'il te plaît ô cher vénérable irremplaçable merveilleux incomparable talentueux génial David :)))

Je suis à deux doigts de m'évanouir sans ma ration quotidienne.

Signé : Koryfée-son-enfant-capricieuse ;-)

Ecrit par : Koryfée | 03 septembre 2007

Ah, la question du doigt, la reponse (ou la non-) viendra juste apres.
Je n'utilise pas un doigt mais cinq pour vous saluer poliment de vos passages reguliers. Je vous fais signe, Koryfée comme Kiki, de mon petit jardin à votre immense terre des mots. Un asile culturel où se melent une valse de livres et de légumes, un Corto Maltese évanescent, une magie extreme-occientale... Quelle variété !

Ecrit par : DCANCY | 07 septembre 2007

Ecrire un commentaire