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07 septembre 2007
Je ne l'avais pas vu
Mélange ou contrariétés, la nuit avait été écourtée plus que de raison, avec plus de raisons qu’il n’en fallait. Dans l’appartement, c’était calme plat, silence grésillant au gré des ronflements. Las de me retourner comme le cochon d’un méchoui, j’optais pour la solution, par défaut, du lever. Et profitais pour croiser celui du soleil.
Une mer huileuse était encadrée dans l’horizon du balcon. C’était l’avantage de ces bâtiments construits au bord du littoral, et de la légalité, on aurait presque pu étaler la peinture du bout de l’index. A tout moment de la journée, le spectacle se montrait à la mesure de ce que j’attendais de ces vacances. Il offrait à mes sens un besoin tant attendu durant l’année : de la sérénité. J’assistais alors à l’avènement d’un jour aux teintes automnales, élu que j’étais. Médor se languissait dans l’ombre, la vessie pleine.
Je dus l’astreindre au silence lorsque j’effleurais la laisse. Le temps de contourner des blocs de béton aux formes faussement aérées et une plage, tout aussi artificielle, se présenta. Rien que tel qu’un Médor surexcité par un sable fin pour me donner le sourire. On avait nos petites habitudes, j’hésitais même à le lâcher tant le privilège d’être seul me poussait au partage. Mais il était futé le pépère, et je n’étais pas en terrain connu. Nous empruntâmes une allée barricadée de paillons contenant des dunes reconstruites. Elle menait à une vérole architecturale arborant une multitude de plaisirs gras et sucrés.
Sur la terrasse de la buvette, des odeurs traînaient ça et là, Médor tentait d’en repérer les vestiges. Je marchais en sens opposé, rejoignant le sable et attendant qu’il fasse de même. Mais la tentation était trop grande. Je jouais alors ma carte maîtresse : le jeu.
« Saute le muret, pépère ! Saute ! », m’exclamai-je en agitant un bout de bois.
Soudain, entre nous, un duvet se leva et un homme émergea de son sommeil, surpris. Je restais coi. Je ne l’avais pas vu.
Curieux comme une chatte, Médor s’approcha de l’homme mal rasé. Ce dernier vérifia, à tâtons, que ce sac, qui contenait toute sa vie, était encore à côté puis me regarda, sourire au bord des lèvres, en appelant le chien.
S’en suivit une courte conversation sur son nom, le temps idyllique du sud, de courtes expériences de vie et autres banalités. C’était le genre d’instant non délicieux mais cordial. L’homme demeurait étonnement volubile, bien plus énergique que n’importe qui d’autre au réveil. Il en avait des choses à dire.
Médor, curieux et joueur au possible, finit par se lasser de la rencontre. Un autre chien se profilait à l’autre bout de la plage. Je préférais laisser l’inconnu tranquille avant l’arrivée des employés de la buvette. Nous saluant d’un geste quasi militaire, il se replia aussitôt dans ce duvet mauve que je n’avais pas remarqué non plus.
La gorge nouée, j’avançais, silencieux, regard vissé sur mes pieds. Un mal-être s’était emparé de moi depuis le début de notre discussion. Je m’en voulais. J’étais à l’image de cette société qui fermait les yeux sur ses exclus.
Je ne l’avais pas vu.
09:45 Publié dans Nouvelles | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note









Commentaires
Très émouvant texte. Il est si courant en effet d'affecter ne rien voir, de ne pas regarder avec des yeux qui voient... L'indifférence est un fléau, fléau qui n'est plus seulement l'apanage des très grandes villes...
Mais tu as cette sensibilité et cette attention à l'autre qui font que tu n'es pas de ces êtres imperméables à ce qui les entoure, ton texte en est une brillante dénonciation au contraire.
Ecrit par : Koryfée | 08 septembre 2007
C'est du vécu, mercredi matin plus exactement. Je me suis senti con, vide, honteux presque. Le mettre en mots m'a fait du bien, meme si autour de moi, on n'a pas bien compris ce "malaise".
Ecrit par : DCANCY | 08 septembre 2007
Sentir encore le malaise est une chance, preuve que l'on est humain. Belle émotion.
Ecrit par : Marie | 12 septembre 2007
Dire que ça m'a travaillé est un euphémisme. Cette léçon m'a donné à réfléchir, sur la vie comme au boulot.
Ecrit par : DCANCY | 15 septembre 2007
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