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03 novembre 2007
Pas d'ici (Partie 2/3)
.......... C’est tout de même bizarre de ne pas avoir reçu un appel de sa part sur mon portable. A chaque fois, elle me téléphone, en larmes, peu après notre dispute pour s’excuser. Elle s’en veut, elle me dit que je ne mérite pas quelqu’un comme elle et bla et bla et bla… la même rengaine. J’en viens même à me demander comment notre histoire a pu durer aussi longtemps. Par amour très certainement. Je lui reproche ce qui fait d’elle ce qu’elle est, ce que j’aime. Elle est si compliquée… En tous cas, j’espère qu’elle aura essayé de me joindre chez mes parents. Ils s’inquiéteront peut-être et chercheront à me retrouver. Sinon, j’en ai encore de longues heures de marche devant moi…
Peu à peu, mes mains, mes doigts semblent se crisper. Je les ouvre, les referme, l’engourdissement et le froid me cristallisent progressivement. Mon jean presque neuf est tout déchiré, couvert de mon sang. J’avais déboursé pas mal d’argent pour m’acheter enfin de la qualité et il va falloir que je rempile pour m’en payer un autre. Comme maigre consolation, je me dis que ce sera bien moins à donner que pour les réparations de la voiture. Mais ça, je ne préfère même pas y penser. J’ai de la chance d’être encore en vie, je peux m’estimer heureux.
Je crache alors sur le bord de la route un mélange d’hémoglobine et de glaires.
Dans mon malheur, je pourrai peut-être éviter la réunion familiale du dimanche soir. Rien que d’imaginer ce que la grand-mère aurait pu nous préparer pour l’Epiphanie me donne la nausée. Pour les fêtes de fin d’année, j’avais à peine eu le temps de digérer le réveillon de Noël que le repas du jour de l’an arrivait. En plus, j’avais, la veille, bu plus que de raison. On passait à table alors que j’étais encore embrumé des ivresses de l’alcool. Si la grand-mère savait que j’étais allé vomir dans ses toilettes... Je suis l’aîné de ses petit-fils, « celui qui se doit de montrer le bon exemple », me clame-t-elle souvent. Heureusement que je ne lui raconte pas les soirées et mes virées ! Elle s’inquiète beaucoup mais elle est gentille dans le fond…
Je suppose que mes parents ne voudront pas qu’on lui parle de l’accident. Si l’ami de ma grand-mère peut tout entendre, elle, non. Elle se fera du soucis à chacun de mes déplacements et voudra que je l’appelle trois fois par jour. Plusieurs mois avant d’obtenir mon permis de conduire, elle avait déjà peur que j’ai un accident. Maintenant que ma cousine a, elle aussi, la voiture, elle est plus rassurée. Elle s’y est fait, tout simplement.
Pourtant, elle verra bien ma tête, comme je pense être bien amoché, elle va fondre en larmes. On lui dira que c’était une bagarre qui a mal tourné, ou un autre mignon petit mensonge. Une plaie sur mon bras droit…
J’arrête mon errance pour tenter de regarder. Je me suis sérieusement entaillé. Du bout des doigts, j’écarte légèrement la plaie. Je vois la chair. Comme quelqu’un amputé d’un membre, je n’avais rien perçu. Je ressens alors une vive douleur remonter le long de mon bras, ou crois la sentir. De toutes façons, je ne touche à rien avant l’arrivée des secours, je ne tiens pas à aggraver mon cas.
Sachant pertinemment que mon portable ne fonctionne pas sur cette route abandonnée, je me décide à aller demander du secours au prochain village.
Le temps me paraît si long, je ne sais depuis combien de temps je marche mais toujours pas de maison à l’horizon. J’aurai peut-être dû partir de l’autre côté. Je ne reconnais pas la route. Tout m’est encore si confus. Soudain une lueur, face à moi, m’aveugle, elle me brûle les yeux. Je m’accroupis et m’en protège le visage. Mes doigts effleurent, à cet instant précis, mon crâne. J’aurai préféré ne pas sentir. Fracturé, brisé…je n’ose même pas imaginer. Tapi dans l’herbe, je me protège de la lumière qui se rapproche rapidement.
Suite demain....
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