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29 novembre 2007

La profondeur de son regard

 

7909336715095fe120e560f114236907.jpgC’était la belle époque, que dis-je, la grande époque. Période post-ado et passage de bon à rien en nul en tout. Ou, rien n'est bon et tout est nul, qui voudra.

 

Tempo salsa et tempes aux sueurs. Trois heures du mat’, on se trémousse, pans paradant, on reluque les parcelles de chairs exhibées. Les odeurs, aussi disparates que les hygiènes, se joignaient aux volutes de cigarettes. Elles cognaient à l’équivoque des beats, elles confinaient à l’individualisme. Une cave aménagée en piste de danse, pourquoi pas ?

 

Je n’étais pas là pour chercher quelque chose – c’était la meilleure façon de trouver – mais pour passer le temps. Le tuer dans l’œuf. Cette fois, j’avais préféré le noyer en attendant mieux.

 

Et puis il y eut Elle, loin derrière la balustrade.

 

Instants glacés dans la torpeur festive. Bouche béante, limite liquide. Elle sirotait tranquillement un je-ne-savais-quoi-plein-de-glaçons en posant un regard circulaire sur son périmètre vital. Je jalousais ce verre.

 

Quelle profondeur, putain ! J’étais pris d’un vertige surréaliste. Fallait s’approcher.

 

A la mesure de mes pas, se dessinait le ciel dans ses grands yeux effilés. Pas trop de grimages, un sourire timide, la simplicité au naturel. Je m’approchais tant bien que mal, je me maintenais, pédant et menton relevé, tant bien que mâle. Elle était ma sirène en pleine mer.

 

Je la devinais, voyais à travers son regard comme jamais je n’aurais cru. L’immensité m’attirait. Le ciel métal poli laissa alors la place aux étoiles. Plus j’avançais et moins je résistais. Les constellations m’éblouissaient. Plus je m’avançais et plus elle se révélait.

 

Suffisamment près, je bombais le torse et rentrais le ventre. Deux mètres nous séparaient. Comment amorcer le dialogue ? Que dire ? Que faire ?

 

Je soufflais soudain en baissant la tête et amorçant l’escalier en colimaçon.

 

Et merde !

 

Paupières tombantes, tendance cocker, pour expression anémiée. Orbites laiteuses, cherchant un sens à ce début de strabisme, et lacérées de cernes ecchymoses.

 

Telle était la profondeur de son regard.

 

Plus loin que l'azur, au-delà de l'espace... le vide intersidéral.

 

27 novembre 2007

Test psychotechnique

Un test que j'ai proposé à mon magazine d'entreprise. Je n'ai toujours pas la réponse mais j'ai des doutes...

 

Test psychotechnique – Evaluation de la personnalité

 

1. Quelle genre de question existentielle vous posez-vous souvent ?

A. Qui était donc Lady de Nantes ?

B. Une femme qui perd les os aura-t-elle des carences en calcium ?

C. Faut-il de la vanille dans un flan pâtissier ?

 

2. Vous vous réveillez un matin et, surprise, il vous manque une jambe, comment réagissez-vous ?

A. Vous regardez derrière l'autre, au cas où.

B. Vous allez vérifier dans la gamelle du chien.

C. Vous allez acheter (à cloche-pied) un flan pâtissier en espérant que ça passe.

 

3. Quel est votre pire cauchemar ?

A. Avoir des dents en mousse.

B. Avoir des bras de trois mètres de long.

C. La prohibition des flans pâtissiers.

 

4. Vous gagnez au Loto, comment réagissez-vous ?

A. Quelle chance incroyable, moi qui ne joue jamais.

B. J'arrete de lire des tests idiots !

C. Je prends un abonnement à vie à « Flan pâtissier Magazine »

 

5. Et enfin, quelle est la citation qui vous correspond le plus ?

A. « Et un de moins en plus, c'est déjà pas ça en trop. »

B. « Tout a une fin sauf le saucisson qui en a deux. »

C. « Et l'être humain créa le flan pâtissier. »

 

 

 


 

RESULTATS -

 

Maintenant vérifiez quelle lettre revient le plus souvent :

 

A. Vous êtes pragmatique, ancré dans votre vie. Seule l'expérience, la vraie, compte pour vous. Ne vous fiez pas au test de personnalité !

B. Vous dormez et mangez régulièrement, ce test ne vous sera d'aucune utilité. Parfaitement équilibré. On passe.

C. Vous semblez aimer les flans pâtissiers. Au lieu de lire des tests, cuisinez !

D. Vous avez des problemes évidents de concentration ! Réagissez !

 

 

23 novembre 2007

Rendez-vous

 

be4bb65444798a635e835437ee0c10d5.jpgA la terrasse du café, Josette regardait une nouvelle fois sa montre. Il était en retard. Devant elle, un flux de véhicules imperturbablement alimenté s’écoulait lentement. Sur le coup de dix-sept heures, l’heure de pointe à son apogée. Des bus impatients zigzaguaient entre les voies, des scooters passaient dans leur sillon, les rares piétons qui s’engagaient pour traverser opéraient derechef. L’effervescence du bureau se prolongait bien au-delà de sa fermeture.

Une lettre dans la main, elle relit le texte qui l’avait incité à conclure d’un rendez-vous.

« Chère Madame, je me permets de répondre à votre annonce car elle m’a interpellé. Vous me semblez belle, pleine de vie, mais si triste. Vous dites être nouvelle dans la région, je le comprends et il est tout à fait normal de se sentir seule loin de la terre qui nous a élevés. Une dame de votre stature ne peut rester dans un tel isolement qui la condamnerait à tort s’il tendait à perdurer. J’aimerais vous parler de moi mais les petites et grandes lignes de mon existence ne se tracent pas en quelques phrases, comme celles de votre vie très certainement. J’espère que vous me contacterez pour converser un peu plus longuement. Dans l’attente de vos nouvelles, très cordialement. JD. »

De toutes les réponses reçues, celle-ci l'avait touchée, Guillaume Tell pour sa pomme. Le sens de la formule, cette manière si distante et respectueuse de s’exprimer, ce qu’il a vu en elle, cette rencontre, elle l’avait tant attendue. Elle attendait maintenant l’étincelle magique qui scellerait le déclic final. Un homme se présenta à l’entrée de la terrasse, en costume sombre mais mal repassé, la chemise ouverte sur une chaîne en or. Il se détourna vers elle, elle en est sûre, c’est lui.

- Bonjour Josette. Je vous ai tout de suite reconnue. Vous êtes radieuse, au-delà de tout ce que j’aurais pu imaginer.

- Bonjour, répondit-t-elle intimidée.

Il s'avérait bien plus beau et plus charismatique qu’il ne s'était décrit lors de leur appel. Pudeur touchante.

- Je suis désolé mais j’ai été retenu un peu plus longtemps que prévu au bureau. Ils ne savent pas se débrouiller sans moi ! Qu’est-ce qu’ils feraient si je vendais l’entreprise ?

- Vous m’avez l’air d’être quelqu’un de très pris…

- Il est certain que je suis un homme fort occupé. Entre mon entreprise et l’association dont je suis le gérant, je n’ai que très peu de temps à moi.

- Ah ! Et vous êtes au sein de quelle association ?

- Elle n’est pas très connue…nous venons en aide aux enfants pauvres d’Afrique. Nous leur fournissons de la nourriture et également des livres, des fournitures pour qu’ils puissent étudier de façon décente. C’est si peu de choses finalement…

Josette ourla des sourcils, en signe de désaccord.

- Non, trop n'est jamais assez. Vous vous rendez compte du bien que vous apportez à ces enfants. Avec tout votre travail, vous trouvez encore le temps de vous occuper des autres. Ce que vous faites est admirable et je pense ce que je dis !

Les autres hommes qu’elle avait rencontrés étaient loin de ressembler à JD. Plus inspirés par leur ego que par un altruisme inconscient, ils ne pensaient que par et pour eux, sans compter ceux qui avaient une verge pour seul leitmotiv. JD paraîssait si merveilleux dans cette faune de mâles cupides et mesquins... mais elle essaie de ne pas s’emballer trop vite, il possédait sûrement des vices cachés.

- Vous voulez boire quelque chose…JD ?

- JR, merci, mais je ne vous en veux pas. Je l’avais peut-être mal orthographié.

L'écriture, prise dans l’envolée de sa fougue, était fine, ciselée et harmonieuse. Certains mots néanmoins étaient difficilement lisibles, mais, dans leur contexte, ils trouvaient un sens. Comme celui de cette rencontre tant espérée.

- Non, je n’ai pas soif, merci, reprit-il. Je ne vais pas pouvoir rester à vos cotés autant de temps que je l’espèrais, hélas. Les autres membres de l’association m’attendent, je dois leur fournir un rapport complet sur la gestion des colis à envoyer sur tout le semestre, ils doivent partir avant leur rentrée scolaire. J’ai fini les derniers préparatifs hier au soir, dans la nuit si je dois être franc.

- Cela vous apporte beaucoup de travail supplémentaire.

- Il est fort vrai de l’admettre. Mais je mets tout mon cœur à la tâche et à l’attache…Parlez-moi plutôt de vous, Josette. Vous m’intéressez…

- Comme je vous l’ai dit, je sors d’un divorce douloureux. J’ai préféré venir m’installer ici, loin de…

- Quelle heure avez-vous, s’il vous plaît ?

- Et quart passé.

- Je suis sincèrement désolé. Il me faut vous quitter. J’ai été très heureux de faire votre connaissance. Voulez-vous que l’on se voit à nouveau ? J’aimerais mieux vous connaître.

- Je suis libre tous les après-midi. Demain si vous voulez…si vous pouvez.

- Je ne sais pour demain, je dois aller rendre visite à mon fils, il est en rééducation pour ses jambes. Triste accident…

Josette sentait la douleur de ces mots, la lisait sur ce visage lacéré par la vie. La peine marquait l’homme, il continua :

- Je tâcherai de me libérer de mes obligations après-demain pour me consacrer à vous. Cela me tient à cœur. Donnons-nous rendez-vous ici jeudi à la même heure. J’ai été enjoué et fort content de découvrir une si charmante femme. Courtoise qui plus est. Au revoir, très chère.

Il lui baisa la main avec une délicatesse et une galanterie enchanteresse. Josette se sentit fondre sous ce charme fugace. JR s’éloigna alors. Imprégnée de son élégance et de sa prestance, un souffle frais la porta, la trabsporta. Enfin LE rendez-vous, la rencontre d'un homme digne d’intérêt. Sa présence, indicible, la comblait d’une effervescence déchue. La comblerait jusqu'au surlendemain.

Devant une maison de repos, un établissement psychiatrique, un infirmier attendait, assis sur les marches qui mènaient au hall d’accueil. Il éteingnit sa cigarette à l’arrivée de JR…

- Bonsoir baron, lança-t-il, sarcastique.

- Vos paroles ne m’atteignent pas, jeune homme…

- C’est ça…T’as vu l’heure ? Le couvre-feu est passé depuis longtemps. Encore un quart d’heure et j’appelais les flics. T’es allé traîner où encore ?

- Jeune homme, ce n’est pas une façon que vous avez de vous adresser à un âiné ! Du respect s’il vous plaît.

Le saisissant par le bras, l’infirmier l’entraînait à l’intérieur.

- Allez, JR Ewing, dans votre chambre ! Vous avez loupé le début de Dallas, à vos puits de pétrole, vite !

- Monsieur, je me plaindrai à vos supérieurs. Vous ne savez pas à qui vous parlez !

- Oh, si ! On viendra vous chercher pour la soupe. »

21 novembre 2007

Roman inachevé (2/2)

 ..........................

Il se rabougrit sur son siège tandis que je levais les stores extérieurs. Ce qui l’avait poussé jusqu’ici tenait du service, à n’en pas douter. Il refusa un bonbon au miel que je lui proposais. Je déglutis et posais les coudes sur le bureau en signe d’attente. Mes bracelets artisanaux claquaient au moindre de mes mouvements. J’avais conscience du pouvoir de l’irritation.

- Je voulais vous demander une faveur. Le RMI doit tomber dans deux semaines mais j’ai besoin d’une avance. C’est un gros coup à ne pas louper. Quelqu’un s’est désisté du studio d’enregistrement et je peut prendre sa place pour pas cher. La chance d’une vie.

Je survolais d’un œil distant le courrier reçu. Mon scepticisme prédominait, apparent. Je me raclais la gorge.

- Rock-star, quelle originalité de perspective…

- Non, pop-star, insista le gamin soudain démis de son étrange timidité. Le créneau est plus porteur, le public plus large.

- C’est moins pire en effet.

Parfois une voix m’insufflait que je pouvais apparaître blasée. Ma conscience ne tardait pas alors à me rappeler sa lucidité. Je n’en avais jamais douté.

- Vous ne m’aimez pas, me demanda-t-il sans oser me considérer.

- Qu’est-ce qu’aimer, mon cher Nathan ? Une notion aussi fluctuante qu’obsolète. J’aime les flans pâtissiers, la sensation des vagues entre mes orteils, les séries télé policières comme les raisonnements cohérents…

- Et votre fille.

- Il faut bien.

- Il faut bien ?

- Anna est ma fille, c’est mon devoir que de l’aimer. Comme tu le fais avec tes parents.

- Pas trop en fait, si je dois être honnête.

- Je ne te demande pas de l’être, dis-je à bout de patience. Contentons-nous des formules de courtoisie.

- C’est bon pour mon avance alors ?

Je réfléchis un centième de dixième de secondes. Dans ma main, j’avais tous les arguments pour réfuter. Ensuite venaient les instants de délice. Ceux où je mimais la réflexion.

- Non.

- Comment ça : non ?

- N... O… N… No, niet, nada, que dalle. Tu veux que je cherche des synonymes ?

- Pourquoi faites-vous ça ?

- Pour éviter que tu sois dans la merde plus tard. Dans quelques temps tu me remercieras.

Polie mais ferme, je tentais d’écourter l’échange et de le raccompagner jusqu’à la sortie. Le bougre restait hébété sur son siège. Le monde semblait lui tomber sur les épaules. N’était pas Atlas qui voulait. Surtout celui qui vivait dans un monde d’illusions.

- Vous pensez que je ne suis pas à la hauteur de votre fille !

- Ne cherche pas à te faire de mal, Nathan. Je ne peux pas, je ne peux pas.

- Parce qu’elle est dans les études, vous pensez qu’elle a un avenir alors que moi je trime, donc je suis un looser. Et qu’ensemble, vu que je vais l’entraîner, on fonce dans une impasse.

Il n’était pas complément idiot. Cette révélation soudaine imposa un silence. J’aimais à ce que les gens comprennent d’eux-mêmes. Il était d’autant plus facile de leur faire avaler ensuite les pires couleuvres.

- Et si je vous prouve le contraire ?

- De quoi parles-tu ?

- Si je vous prouve que je suis digne de l’amour de votre fille, m’accorderez-vous l’avance ?

Plus il s’énervait et plus ses cheveux hirsutes, d’un noir opaque, dodelinaient. C’en était tellement attendrissant que je me devais de l’écouter. Par principe également :

- Pas de chanson à ma gloire, s’il te plait.

- Donnez-moi une semaine et je vous prouverais que je suis digne de confiance.

Intérieurement, j’oscillais entre la volonté d’écourter la conversation, pour reprendre mon rituel, et celle de me laisser prendre à son jeu. Les deux n’étaient pas incompatibles, contrairement aux apparences. La coïncidence tombait même à pic.

A sa grande surprise, je conclus le pacte en lui serrant la main. Il avait évité les questions sur l’encens, la veilleuse et la pénombre, voilà déjà un point à éviter au prochain repas de famille. Enfin lors d’un apéro avec le jus de fruits qu’il apportait, M. Nathan étant un végétarien pro-bio qui ne voulait pas forcer ses conceptions par conformisme.

- Six jours même. Tu as jusqu’à mardi prochain pour me le démontrer.

- Merci beaucoup, M’dame Kapler. Ca restera entre nous !

- J’entends bien.

Et je claquais alors la porte derrière lui et sombrais à nouveau dans la lumière de mon rituel.

 

19 novembre 2007

Roman inachevé (1/2)

Il y a des choses que l'on arrive pas à poursuivre, pour des raisons X ou Y. Voici le premier chapitre d'un roman inachevé.

 

 

Le temps est une autoroute. Il reste fixe, je suis mouvante. En quarante-six ans, je n’ai presque rien vu du paysage qui défilait autour de moi comme dans le rétroviseur. Foncer vers l’avant. Toujours suivre la ligne. C’est une question de choix que de savoir où l’on va.

C’est rassurant aussi.

 

 

Mon BAF (Boulot-Acquis-Famille) demeurait des plus socialement valorisés. Une belle maison décorée avec goût, le mien, une fille non parfaite mais peu engrossée de défauts, étaient autant de réussite à porter à mon crédit, fut-il passé. Ni trop de manques, ni à jalouser, j’appartenais à la caste de l’élite. Et pourtant, il y avait toujours ce moment où j’avais besoin de ça.

Je laissais ma main s’effiler sur la peinture grésée du mur. Que le contact était âpre sur ma peau si douce ! Je ne connaissais rien de tel que la mise en perspective pour comprendre. Pour se savoir vivant, il fallait s’éprouver. Le petit rituel – pèlerinage annuel – qui allait commencer dans quelques minutes l’illustrait de manière magistrale.

J’éteignis mon portable, rangeais mon badge de « conseillère financière » et commençais à abaisser les stores. Une mélodie, née des tréfonds de cette adolescence mise de côté, me revint au bord des lèvres. J’en souriais. Avec le temps, je persévérais dans les automatismes.

Ce rôle de bourgeoise auto-satisfaite, je le devais à mon ambition, surévaluée mais terriblement efficace. Elle m’avait conduit à rencontrer celui qui allait devenir mon mari. Mais avant les intimes familiarités, il y avait l’homme de pouvoir, un cadre des télécommunications au réseau influent. Certes, Jean-Jacques possédait nombre de qualités, la transparence restant celle qui lui revenait de droit. C’était à se demander à quoi il tenait cette gloire passée et acquise. A qui plutôt. Mes beaux-parents avaient certainement eu un rôle à jouer.

A mesure que les lamelles du store se refermaient, une pénombre, si propice à la solitude, s’installa. Une foule grouillait, gémissait et s’agitait dans la salle d’attente de la banque. Un matin on-ne-peut plus banal. Du coin de l’œil, je vérifiais à l’horloge aux couleurs accrocheuses. Imperméable comme un roc, mon regard se figea ainsi quelques instants. Le décompte des minutes, des secondes m’ancraient dans l’irréalité. Celle de l’autoroute du temps. Je pouvais enfin voir, comprendre, me recueillir.

Puis le moment arriva. Le tic de l’horloge provoqua un clac dans ma tête. Tout me revint en mémoire. J’avançais à pas mesurés, puis ouvris le tiroir de mon bureau. Lovée dans un fourbi à contre-nature de mon impériale rigueur se déployait une veilleuse électrique. Pas le truc pour bébé, orné de motifs puérils, non. C’était un bel étui translucide plastifié. Je le branchais aussitôt sur le multiprise, puis allumais un encens.

Le rituel pouvait commencer.

Adossée au siège en cuir, je fermais les yeux puis inspirais profondément. Mes mains se décrispaient peu à peu. Mon sang se liquéfiait derechef, libérant en moi un sentiment de toute-puissance. Je revivais.

Hélas, malgré toutes mes précautions, j’avais choisi un métier sensible. Je dus me conformer aux aléas de la clientèle, cette malléabilité si chère à mes responsables des ressources humaines et d’agence. Je daignais accorder un semblant d’attention à l’assistante, hésitante et fébrile, dans l’entrebâillement de la porte. Pauvre fille, constamment débordée.

« - Je sais que vous n’avez pas de rendez-vous, Mme Kapler, mais votre beau-fils insiste.

- Le copain de ma fille, rectifiais-je en éteignant l’encens entre le pouce et l’index.

- Nathan Peny, oui. Il désire s’entretenir avec vous. C’est très important.

- A notre époque, qu’est-ce qui est réellement important ? Faites-le venir. Mais c’est la dernière exception de la matinée.

Dans un salut militaire, l’assistante me remercia puis s’échappa pour regagner la fosse aux lions. Et ça grognait là-dedans.

- B’jour, M’dame Kapler. Désolé de vous déranger.

Je détestais cette manière de hacher les mots pour se donner un genre. Tant qu’à se démarquer autant le faire intelligemment.

- C’est fait maintenant. Assis-toi.

Nathan Peny. Vingt-cinq ans dans le dos et autant d’échecs endossés. A l’image de son passé, il possédait une silhouette décharnée, un squelette mou dissimulé sous une tenue aux teintes militaires. Il avait les cheveux en trac, le regard tout autant. Il misait sur le hors-norme pour se conformer. J’hésitais entre le croire bon à rien ou nul en tout. De toutes manières, il respirait l’échec, quoiqu’il fasse.

18 novembre 2007

Existe en ciel

 

ac4d5333b9c5a0854181891df0a119ba.jpg« Existe en ciel » a l'apparence d'un vieux désabusé. Ce genre de personnes que l'on croise dans son bâtiment, dans une file d'attente ou dans les lointaines ramifications d'une famille. Peu enclin à se dévoiler, il paraît abrupt, presque retranché dans un univers à part, bulle et remparts. Et l'étiquette est apposée, sceau de l'impénétrable, cherche pas plus loin. Pourtant...

 

La richesse de ce recueil de nouvelles est offerte aux persévérants, ceux qui veulent gratter l'écorce. Sa valeur n'en est que décuplée. Il n'est pourtant pas ici question d'élitisme snobinard, surement pas. Certains font leur fond de la forme, d'autres se gargarisent de rots gutturaux en souffle divin, ici la logique, cohérence subtile, est autre. Il s'agit juste d'une réelle vision personnelle, une écriture pensée(s). Un vrai talent.

 

Christine Spadaccini a la plume alerte, de celles qui vivent de ce qu'elles ont vécu. De celles qui touchent, émerveillent comme horrifient. Bref, de celles qui aiment la vie comme les vies. Vie et amour, deux leitmotivs, deux thématiques dualistes ou alternatives ancrées dans le fond comme dans la forme.

 

Mieux qu'un book, « Existe en ciel » varie les expériences pour un long tour en montagne russe. Entre tête à l'envers, vertiges et nausées, rien ne prédit ce qui va arriver. Rien sauf l'irresistible satisfaction de découvrir une nouvelle facette de ce talent qui ne cesse de se renouveler.

 

Je me suis ému de Lili-Marie, de cette main tendue à l'hopital ou de ce ballon noir ; ai ri, souri des coups du sort de Carmina Burinée et d'Anna K ; haï Moreno (porte poisse ce prénom !) dans une démonstration dérangeante de sa violence ordinaire... Pourtant, chacun et chacune ne possédaient rien d'exceptionnel, dans le sens sensationnel du terme. Le talent est celui de l'oeil porté sur ces vies, la plume d'un prisme où l'émotion est reine. Un flux électrique, fondamental et neuronal : des « Terminaisons nerveuses » qui se substituent aux discours bavards.

 

http://www.amazon.fr/Existe-en-Ciel-Christine-Spadaccini/...

12 novembre 2007

Cette musique dans ma tete (2/2)

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Je voulais comprendre à tout prix. Cette musique n’était pas arrivée là par hasard. Il y avait bien une raison. Voilà le mystère que je voulais résoudre. Pourquoi ? Il me fallait chercher un sens à tout cela. Quelque chose me permettant de justifier cette musique, du fait qu’elle était là. Mais elle n’avait pas de raison d’être, donc pas de sens. Je ne comprenais toujours pas. Statu quo.

Par une grand-mère un peu sorcière, j’avais reçu une éducation stricte et juste, saupoudrée de relents ésotériques. Elle croyait beaucoup aux astres, aux signes, aux cartes et à ce genre de choses. Je me demandais alors s’il n’y avait pas là un début de réponse.

Dans un recoin de la bibliothèque, j’avais conservé d’elle ses carnets de recettes et des bouquins sur le surnaturel. A vrai dire, je ne les avais jamais feuilletés. Relativement sceptique avec l’âge, j’avais appris, seul, que les légendes resteraient à jamais des légendes. Que le Père Fouettard n’était qu’une raison de plus pour se faire obéir. Malgré tout, je pensais trouver un indice qui me permettrait de comprendre.

Une soirée entière je parcourus l’ensemble de qu’elle nommait « ses secrets de l’univers ». Construits, pour la plupart, sur des inepties aussi bancales que contradictoires, je découvrais finalement peu de choses pouvant m’aider. Une idée, cependant, s’installa dans ma tête, au coté de cette musique. Dans un chapitre sur l’ésotérisme, il était dit que le Chaman était un être qui liait deux mondes entre eux. L’un était fait de choses concrètes et vivantes et dans l’autre l’invisible régnait sur un univers rempli de morts et d’esprits. Le Chaman était le passeur. L’idée me fit sourire mais méritait réflexion. La musique passait-elle dans ce vecteur qu’était devenu mon corps, mon esprit ? Sinon, d’où pouvait-elle bien venir ? Etais-je le roi d’un univers parallèle ?

Après de longs instants d’hésitation, je rejetais cette idée. Trop discutable, trop irrationnelle. A part satisfaire un ego qui se suffisait déjà à lui-même, elle ne m’apporterait rien. Moi, Chaman ? Si le message qu’on voulait me faire passer était un message, ils pouvaient m’envoyer autre chose que des mièvreries !

Pour comprendre, je me résolu à écouter attentivement la musique. Elle était confuse et, à vrai dire, je n’en percevais qu’un faible brouhaha au rythme excessivement lent. Parfois des violoncelles, parfois des notes de pianos ou d’accords de guitare. A certains moments, j’entendais des mots. J’en retins un. Chocobon.

Je n’étais pas plus avancé. Ma grand-mère me disait qu’il fallait écouter les signes et savoir les interpréter. J’étais d’accord avec elle, il y avait tant à apprendre des autres. Lire dans les gestes, les portes qui s’ouvrent, les indices de sa propre route. Mais là…Chocobon…Qu’est-ce qu’il y a à comprendre ? Chocobon, avec du lait c’est bon. Chocobon, pour les filles et les garçons ? Je me surpris à réciter un slogan publicitaire. La tête sous l’oreiller, j’attendais de trouver le sommeil, le calme.

J’allais devenir fou. Par moment, elle devenait plus qu’insupportable, je m’efforçais alors de penser à autre chose. Je repensais aux vacances, à la mignonne voisine du bout de la rue, une tranche de saucisson. Mais la musique revenait ensuite, encore plus tyrannique. J’étais obstiné pourtant. Je devais, il fallait comprendre pourquoi.

Pris d’une frénésie délirante, je pensais à toute cause potentiellement explicable. L’espace d’un instant, je crus même être pris dans une faille spatio-temporelle où les voix de l’univers me parvenaient comme un message de paix. La musique, hymne de l’amour, venait en moi pour... Etait-ce tout simplement un signe de ma vocation, moi qui ne savais jouer d’aucun instrument ? Ma destinée prendrait-elle forme dans cette incompréhensible manifestation ? Etait-ce quelques prophéties divines en train de s’accomplir ? Sentant que je commençais à devenir mentalement instable, j’entreprenais finalement de ne pas chercher à comprendre. Cette musique était là, je ferais avec.

Elle continua ainsi de longs jours durant. Tantôt discrète, voire presque grésillante, tantôt portée par des piques d’intensité. Elle ne fut jamais réellement forte, juste suffisante pour me donner d’insupportables maux de tête. Ma carie se relança avec ces assauts assassins. J’espérais que ce n’était pas là son sens car je n’aimais pas vraiment mon dentiste.

C’était un vieux bougon obsédé par les cuisses de sa secrétaire. D’ailleurs, il ne la tarissait pas d’éloges. Malheureusement pour elle, ce n’était pas son travail qu’il encensait. Je retournais alors le consulter sept jours exactement après notre dernier rendez-vous. Il n’y avait peut-être là aucun signe, pourtant plus jamais après la musique ne revint. Parce qu’elle n’avait pas de sens mais une cause.

- C’est l’alliage de la couronne que je vous ai installée, me dit-il. Il arrive parfois que le matériau capte des ondes radios. Vous avez bien fait de m’en parlé. Je vais vous la changer.

- Purée...C’était donc à cause de ma dent que je captais de la musique ! Je me demandais d’où venaient ces mélodies mornes et déprimantes.

- Ca devait être RadioNostalgie, c’est la fréquence la plus répandue dans le coin. Surtout en ville. Mais ça aurait pu être pire. Dites-vous que vous auriez pu tomber sur une radio de hard rock ! »

 

 

11 novembre 2007

Cette musique dans ma tête (1/2)

 

Quand la musique est bonne,

Quand la musique donne ?

 

Tout cela a commencé une fin d’après-midi de janvier. Rentrant d’une visite chez le dentiste, je me baladais tranquillement en voiture. Il y avait beaucoup de circulation, les gens gueulaient, les voitures klaxonnaient. Moi, ça me faisait rire. Voir les jurons voler pour un feu à l’orange, quoi de plus drôle ? Il me sembla même, qu’au loin, un gars était sorti de sa voiture pour aller causer à un autre. Pathétique !

Enfin bref, j’étais confortablement installé dans mon fauteuil. Je crois que je redressais une baguette de pain sur le siège du passager quand ça a commencé. Venant de loin, un bruit de violons lancinant remonta jusqu’à moi. « Encore une de ces chansons pour midinettes ! », me suis-je dit en tournant le bouton de l’autoradio. Mais celui-ci n’était pas allumé. Je cherchais partout autour de moi qui avait la musique suffisamment forte pour que je l’entende à travers les vitres.

Sur ma gauche, un jeune hochait la tête, comme un pic vert excité, sur un rythme techno rapide. Je crus même un instant qu’il allait heurter le pare-brise à se secouer aussi frénétiquement. Pourtant sa musique n’était pas celle que j’entendais. Lui bougeait nerveusement, alors que ce que j’entendais était mou. Et surtout, ses lèvres oscillaient sur des mots qui n’étaient pas les miens. Je me résolus à attendre de sortir des embouteillages pour que ça s’estompe.

Mais la musique continua.

Après une bonne demi-heure de ralentissement, je rejoins mon chez-moi, ma si grande maison. Le tintamarre dans ma tête continua, moins perçant peut-être mais toujours présent. Je n’entendais alors qu’une longue et sourde lamentation de piano, et rien de plus. Je crus rêver mais il n’en était rien. Comme pour me faire réaliser, je repensais à Tante Jeanne. J’avais toujours dit d’elle qu’elle avait un grelot dans la tête. Elle n’aimait pas lorsque je lui disais, mais maintenant c’était moi qui avais tout l’orchestre ! Je décidais, amusé, de m’installer dans mon canapé.

J’éteignis vite la télé car les séries romantico-niaises me faisaient tourner la tête. Pour une fille, j’avais même essayer d’en suivre une ou deux. Mais je ne comprenais rien, comme pour cette musique. Je fis alors un petit somme. On était jeudi et il me restait une dure journée avant le week-end.

Le lendemain, rien ne s’était arrangé. Je me demandais même si ce n’était pas le bruit continuel et obsédant des machines qui en était la cause. Bien que portant un casque de protection et sachant que l’usine était strictement réglementée sur le bruit, j’entendais toujours la musique. Elle rythmait mes gestes, les rendant cadencés et plus véloces. Parfait pour un travail à la chaîne. Pourtant, je ne pouvais pas m’en défaire. C’était fatigant, usant à la longue. La mièvrerie des mélodies commença à me taper sur les nerfs, moi qui étais pourtant d’un flegme naturel. Toute cette histoire finirait bien par passer.

Hélas, non. Je passais alors le pire week-end de ma vie.

Suite demain

04 novembre 2007

Pas d'ici (Partie 3/3)

d48753133363a78b44c29643bed9a010.jpg Elle passe si près de moi, je lève la tête pour la regarder s’éloigner. C’étaient les pompiers. Ils doivent se rendre sur les lieux de l’accident. Enfin.

Je me dois maintenant retourner là-bas.

La faible clarté de la lune m’éclaire étrangement. Elle m’emporte, je la porte. J’ai l’impression d’être un cavalier errant sans monture. Près de moi, les roseaux semblent être les barreaux de ma prison. Comme livré à son flot, je m’écoule maintenant dans le sens du ruisseau, léger, sans bagages, nous sommes communs d’un même présent. Au loin, de l’autre côté, des champs s’étendent à perte de vue. Au printemps, rejailliront les plants de maïs, écloront les germes de blé, après la terre en friche la vie. Et moi, pendant ce temps, je continue ma marche, encore et encore. Enivré, servile, je mets bas des pas de badaud cadencés.

A la mesure de mon errance, ma colère s’estompe peu à peu, je me sentirais presque bien dans cette nature si lugubre. Je me rappelle avoir cracher à terre, l’asphalte, les herbes hautes ont sitôt fait de tout ensevelir. A mes pieds, une fine couche de neige prend forme, pure, gelée, limpide. Enfant, je passais mes hivers à me rouler dedans, des batailles de neige, la luge…Elle voudrait maintenant me garder à jamais. Si je me laisse engourdir, le froid me prendra. Je suis tellement frigorifié que je ne perçois de ma respiration que la brume de l’hiver. Je me contente de marcher, mains ballantes, dos voûté et regardant la neige. Son blanc me ternit le regard, sans traces, sans vagues, si simplement immaculé.

Une image de mort règne dans cette campagne abandonnée. Je m’arrête alors à l’entrée d’un virage. Les branches des arbres, dénudées, fendent le ciel comme des doigts longs, fins et acérés. La forêt, le sous bois, semblent m’appeler, leur chant silencieux voudrait me pénétrer et me saisir. A quelques centaines de mètres, le gyrophare des pompiers tournoie, j’entends même un certain brouhaha. Je me dois d’aller les rassurer.

Un tas de personne s’agite autour de ma voiture. Je perçois des cris, des pleurs. Je vois ma mère, en larmes, Marine également. Les bras de mon père tentent de la réconforter. Je voudrais leur crier que je vais bien mais je n’en ai pas la force. Je m’avance vers eux, cherchant les mots pour m’excuser.

Un jeune pompier passe et sort un masque à oxygène. Un autre soulève un réanimateur. « Je vais bien… ». Ma voix ne trouve pas d’écho, pas plus je ne peux la soulever. Ils se précipitent vers la carcasse de la voiture.

J’essaie de parler mais les mots me raclent la gorge. Dos à moi, ils ne peuvent pas me voir, m’entendre, je m’approche lentement. La démarche boiteuse, j’essaie de me donner un semblant de droiture pour ne pas trop les inquiéter. Marine est là, juste à coté de la voiture, serrant mon écharpe contre son cou. Je veux poser ma main sur son épaule mais elle se détourne au même instant et tombe dans les bras de ma mère. Je découvre soudain la voiture, les sièges arrières, le capot, le siège du conducteur…

Un pompier vient d’ouvrir la porte. Un autre extrait l’individu écrasé contre le volant. Je suis tétanisé, je n’ose pas bouger.

La tête du cadavre bascule vers l’arrière et son regard inerte croise le mien. Je m’écroule à genoux, sans personne pour me remarquer. Au fond de moi, je trouve alors la force de crier mon désespoir dans les ténèbres de la nuit. Plus aucun ne peut m’entendre… Ce mort, c’est moi.

 

03 novembre 2007

Pas d'ici (Partie 2/3)

8a95cc41ad109dfe007e80a091f235fa.jpg..........

C’est tout de même bizarre de ne pas avoir reçu un appel de sa part sur mon portable. A chaque fois, elle me téléphone, en larmes, peu après notre dispute pour s’excuser. Elle s’en veut, elle me dit que je ne mérite pas quelqu’un comme elle et bla et bla et bla… la même rengaine. J’en viens même à me demander comment notre histoire a pu durer aussi longtemps. Par amour très certainement. Je lui reproche ce qui fait d’elle ce qu’elle est, ce que j’aime. Elle est si compliquée… En tous cas, j’espère qu’elle aura essayé de me joindre chez mes parents. Ils s’inquiéteront peut-être et chercheront à me retrouver. Sinon, j’en ai encore de longues heures de marche devant moi…

Peu à peu, mes mains, mes doigts semblent se crisper. Je les ouvre, les referme, l’engourdissement et le froid me cristallisent progressivement. Mon jean presque neuf est tout déchiré, couvert de mon sang. J’avais déboursé pas mal d’argent pour m’acheter enfin de la qualité et il va falloir que je rempile pour m’en payer un autre. Comme maigre consolation, je me dis que ce sera bien moins à donner que pour les réparations de la voiture. Mais ça, je ne préfère même pas y penser. J’ai de la chance d’être encore en vie, je peux m’estimer heureux.

Je crache alors sur le bord de la route un mélange d’hémoglobine et de glaires.

Dans mon malheur, je pourrai peut-être éviter la réunion familiale du dimanche soir. Rien que d’imaginer ce que la grand-mère aurait pu nous préparer pour l’Epiphanie me donne la nausée. Pour les fêtes de fin d’année, j’avais à peine eu le temps de digérer le réveillon de Noël que le repas du jour de l’an arrivait. En plus, j’avais, la veille, bu plus que de raison. On passait à table alors que j’étais encore embrumé des ivresses de l’alcool. Si la grand-mère savait que j’étais allé vomir dans ses toilettes... Je suis l’aîné de ses petit-fils, « celui qui se doit de montrer le bon exemple », me clame-t-elle souvent. Heureusement que je ne lui raconte pas les soirées et mes virées ! Elle s’inquiète beaucoup mais elle est gentille dans le fond…

Je suppose que mes parents ne voudront pas qu’on lui parle de l’accident. Si l’ami de ma grand-mère peut tout entendre, elle, non. Elle se fera du soucis à chacun de mes déplacements et voudra que je l’appelle trois fois par jour. Plusieurs mois avant d’obtenir mon permis de conduire, elle avait déjà peur que j’ai un accident. Maintenant que ma cousine a, elle aussi, la voiture, elle est plus rassurée. Elle s’y est fait, tout simplement.

Pourtant, elle verra bien ma tête, comme je pense être bien amoché, elle va fondre en larmes. On lui dira que c’était une bagarre qui a mal tourné, ou un autre mignon petit mensonge. Une plaie sur mon bras droit…

J’arrête mon errance pour tenter de regarder. Je me suis sérieusement entaillé. Du bout des doigts, j’écarte légèrement la plaie. Je vois la chair. Comme quelqu’un amputé d’un membre, je n’avais rien perçu. Je ressens alors une vive douleur remonter le long de mon bras, ou crois la sentir. De toutes façons, je ne touche à rien avant l’arrivée des secours, je ne tiens pas à aggraver mon cas.

Sachant pertinemment que mon portable ne fonctionne pas sur cette route abandonnée, je me décide à aller demander du secours au prochain village.

Le temps me paraît si long, je ne sais depuis combien de temps je marche mais toujours pas de maison à l’horizon. J’aurai peut-être dû partir de l’autre côté. Je ne reconnais pas la route. Tout m’est encore si confus. Soudain une lueur, face à moi, m’aveugle, elle me brûle les yeux. Je m’accroupis et m’en protège le visage. Mes doigts effleurent, à cet instant précis, mon crâne. J’aurai préféré ne pas sentir. Fracturé, brisé…je n’ose même pas imaginer. Tapi dans l’herbe, je me protège de la lumière qui se rapproche rapidement.

 

Suite demain....

 

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