01 décembre 2007
Anthropomorphisme
Comme quoi le singe n'est pas si éloigné de l'être humain.
Peut etre cela vous rappelera des souvenirs...
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29 novembre 2007
La profondeur de son regard
C’était la belle époque, que dis-je, la grande époque. Période post-ado et passage de bon à rien en nul en tout. Ou, rien n'est bon et tout est nul, qui voudra.
Tempo salsa et tempes aux sueurs. Trois heures du mat’, on se trémousse, pans paradant, on reluque les parcelles de chairs exhibées. Les odeurs, aussi disparates que les hygiènes, se joignaient aux volutes de cigarettes. Elles cognaient à l’équivoque des beats, elles confinaient à l’individualisme. Une cave aménagée en piste de danse, pourquoi pas ?
Je n’étais pas là pour chercher quelque chose – c’était la meilleure façon de trouver – mais pour passer le temps. Le tuer dans l’œuf. Cette fois, j’avais préféré le noyer en attendant mieux.
Et puis il y eut Elle, loin derrière la balustrade.
Instants glacés dans la torpeur festive. Bouche béante, limite liquide. Elle sirotait tranquillement un je-ne-savais-quoi-plein-de-glaçons en posant un regard circulaire sur son périmètre vital. Je jalousais ce verre.
Quelle profondeur, putain ! J’étais pris d’un vertige surréaliste. Fallait s’approcher.
A la mesure de mes pas, se dessinait le ciel dans ses grands yeux effilés. Pas trop de grimages, un sourire timide, la simplicité au naturel. Je m’approchais tant bien que mal, je me maintenais, pédant et menton relevé, tant bien que mâle. Elle était ma sirène en pleine mer.
Je la devinais, voyais à travers son regard comme jamais je n’aurais cru. L’immensité m’attirait. Le ciel métal poli laissa alors la place aux étoiles. Plus j’avançais et moins je résistais. Les constellations m’éblouissaient. Plus je m’avançais et plus elle se révélait.
Suffisamment près, je bombais le torse et rentrais le ventre. Deux mètres nous séparaient. Comment amorcer le dialogue ? Que dire ? Que faire ?
Je soufflais soudain en baissant la tête et amorçant l’escalier en colimaçon.
Et merde !
Paupières tombantes, tendance cocker, pour expression anémiée. Orbites laiteuses, cherchant un sens à ce début de strabisme, et lacérées de cernes ecchymoses.
Telle était la profondeur de son regard.
Plus loin que l'azur, au-delà de l'espace... le vide intersidéral.
10:00 Publié dans Nouvelles | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
27 novembre 2007
Test psychotechnique
Un test que j'ai proposé à mon magazine d'entreprise. Je n'ai toujours pas la réponse mais j'ai des doutes...
Test psychotechnique – Evaluation de la personnalité
1. Quelle genre de question existentielle vous posez-vous souvent ?
A. Qui était donc Lady de Nantes ?
B. Une femme qui perd les os aura-t-elle des carences en calcium ?
C. Faut-il de la vanille dans un flan pâtissier ?
2. Vous vous réveillez un matin et, surprise, il vous manque une jambe, comment réagissez-vous ?
A. Vous regardez derrière l'autre, au cas où.
B. Vous allez vérifier dans la gamelle du chien.
C. Vous allez acheter (à cloche-pied) un flan pâtissier en espérant que ça passe.
3. Quel est votre pire cauchemar ?
A. Avoir des dents en mousse.
B. Avoir des bras de trois mètres de long.
C. La prohibition des flans pâtissiers.
4. Vous gagnez au Loto, comment réagissez-vous ?
A. Quelle chance incroyable, moi qui ne joue jamais.
B. J'arrete de lire des tests idiots !
C. Je prends un abonnement à vie à « Flan pâtissier Magazine »
5. Et enfin, quelle est la citation qui vous correspond le plus ?
A. « Et un de moins en plus, c'est déjà pas ça en trop. »
B. « Tout a une fin sauf le saucisson qui en a deux. »
C. « Et l'être humain créa le flan pâtissier. »
RESULTATS -
Maintenant vérifiez quelle lettre revient le plus souvent :
A. Vous êtes pragmatique, ancré dans votre vie. Seule l'expérience, la vraie, compte pour vous. Ne vous fiez pas au test de personnalité !
B. Vous dormez et mangez régulièrement, ce test ne vous sera d'aucune utilité. Parfaitement équilibré. On passe.
C. Vous semblez aimer les flans pâtissiers. Au lieu de lire des tests, cuisinez !
D. Vous avez des problemes évidents de concentration ! Réagissez !
09:10 Publié dans "Divers"... "Ben vert !" | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
23 novembre 2007
Rendez-vous
A la terrasse du café, Josette regardait une nouvelle fois sa montre. Il était en retard. Devant elle, un flux de véhicules imperturbablement alimenté s’écoulait lentement. Sur le coup de dix-sept heures, l’heure de pointe à son apogée. Des bus impatients zigzaguaient entre les voies, des scooters passaient dans leur sillon, les rares piétons qui s’engagaient pour traverser opéraient derechef. L’effervescence du bureau se prolongait bien au-delà de sa fermeture.
Une lettre dans la main, elle relit le texte qui l’avait incité à conclure d’un rendez-vous.
« Chère Madame, je me permets de répondre à votre annonce car elle m’a interpellé. Vous me semblez belle, pleine de vie, mais si triste. Vous dites être nouvelle dans la région, je le comprends et il est tout à fait normal de se sentir seule loin de la terre qui nous a élevés. Une dame de votre stature ne peut rester dans un tel isolement qui la condamnerait à tort s’il tendait à perdurer. J’aimerais vous parler de moi mais les petites et grandes lignes de mon existence ne se tracent pas en quelques phrases, comme celles de votre vie très certainement. J’espère que vous me contacterez pour converser un peu plus longuement. Dans l’attente de vos nouvelles, très cordialement. JD. »
De toutes les réponses reçues, celle-ci l'avait touchée, Guillaume Tell pour sa pomme. Le sens de la formule, cette manière si distante et respectueuse de s’exprimer, ce qu’il a vu en elle, cette rencontre, elle l’avait tant attendue. Elle attendait maintenant l’étincelle magique qui scellerait le déclic final. Un homme se présenta à l’entrée de la terrasse, en costume sombre mais mal repassé, la chemise ouverte sur une chaîne en or. Il se détourna vers elle, elle en est sûre, c’est lui.
- Bonjour Josette. Je vous ai tout de suite reconnue. Vous êtes radieuse, au-delà de tout ce que j’aurais pu imaginer.
- Bonjour, répondit-t-elle intimidée.
Il s'avérait bien plus beau et plus charismatique qu’il ne s'était décrit lors de leur appel. Pudeur touchante.
- Je suis désolé mais j’ai été retenu un peu plus longtemps que prévu au bureau. Ils ne savent pas se débrouiller sans moi ! Qu’est-ce qu’ils feraient si je vendais l’entreprise ?
- Vous m’avez l’air d’être quelqu’un de très pris…
- Il est certain que je suis un homme fort occupé. Entre mon entreprise et l’association dont je suis le gérant, je n’ai que très peu de temps à moi.
- Ah ! Et vous êtes au sein de quelle association ?
- Elle n’est pas très connue…nous venons en aide aux enfants pauvres d’Afrique. Nous leur fournissons de la nourriture et également des livres, des fournitures pour qu’ils puissent étudier de façon décente. C’est si peu de choses finalement…
Josette ourla des sourcils, en signe de désaccord.
- Non, trop n'est jamais assez. Vous vous rendez compte du bien que vous apportez à ces enfants. Avec tout votre travail, vous trouvez encore le temps de vous occuper des autres. Ce que vous faites est admirable et je pense ce que je dis !
Les autres hommes qu’elle avait rencontrés étaient loin de ressembler à JD. Plus inspirés par leur ego que par un altruisme inconscient, ils ne pensaient que par et pour eux, sans compter ceux qui avaient une verge pour seul leitmotiv. JD paraîssait si merveilleux dans cette faune de mâles cupides et mesquins... mais elle essaie de ne pas s’emballer trop vite, il possédait sûrement des vices cachés.
- Vous voulez boire quelque chose…JD ?
- JR, merci, mais je ne vous en veux pas. Je l’avais peut-être mal orthographié.
L'écriture, prise dans l’envolée de sa fougue, était fine, ciselée et harmonieuse. Certains mots néanmoins étaient difficilement lisibles, mais, dans leur contexte, ils trouvaient un sens. Comme celui de cette rencontre tant espérée.
- Non, je n’ai pas soif, merci, reprit-il. Je ne vais pas pouvoir rester à vos cotés autant de temps que je l’espèrais, hélas. Les autres membres de l’association m’attendent, je dois leur fournir un rapport complet sur la gestion des colis à envoyer sur tout le semestre, ils doivent partir avant leur rentrée scolaire. J’ai fini les derniers préparatifs hier au soir, dans la nuit si je dois être franc.
- Cela vous apporte beaucoup de travail supplémentaire.
- Il est fort vrai de l’admettre. Mais je mets tout mon cœur à la tâche et à l’attache…Parlez-moi plutôt de vous, Josette. Vous m’intéressez…
- Comme je vous l’ai dit, je sors d’un divorce douloureux. J’ai préféré venir m’installer ici, loin de…
- Quelle heure avez-vous, s’il vous plaît ?
- Et quart passé.
- Je suis sincèrement désolé. Il me faut vous quitter. J’ai été très heureux de faire votre connaissance. Voulez-vous que l’on se voit à nouveau ? J’aimerais mieux vous connaître.
- Je suis libre tous les après-midi. Demain si vous voulez…si vous pouvez.
- Je ne sais pour demain, je dois aller rendre visite à mon fils, il est en rééducation pour ses jambes. Triste accident…
Josette sentait la douleur de ces mots, la lisait sur ce visage lacéré par la vie. La peine marquait l’homme, il continua :
- Je tâcherai de me libérer de mes obligations après-demain pour me consacrer à vous. Cela me tient à cœur. Donnons-nous rendez-vous ici jeudi à la même heure. J’ai été enjoué et fort content de découvrir une si charmante femme. Courtoise qui plus est. Au revoir, très chère.
Il lui baisa la main avec une délicatesse et une galanterie enchanteresse. Josette se sentit fondre sous ce charme fugace. JR s’éloigna alors. Imprégnée de son élégance et de sa prestance, un souffle frais la porta, la trabsporta. Enfin LE rendez-vous, la rencontre d'un homme digne d’intérêt. Sa présence, indicible, la comblait d’une effervescence déchue. La comblerait jusqu'au surlendemain.
Devant une maison de repos, un établissement psychiatrique, un infirmier attendait, assis sur les marches qui mènaient au hall d’accueil. Il éteingnit sa cigarette à l’arrivée de JR…
- Bonsoir baron, lança-t-il, sarcastique.
- Vos paroles ne m’atteignent pas, jeune homme…
- C’est ça…T’as vu l’heure ? Le couvre-feu est passé depuis longtemps. Encore un quart d’heure et j’appelais les flics. T’es allé traîner où encore ?
- Jeune homme, ce n’est pas une façon que vous avez de vous adresser à un âiné ! Du respect s’il vous plaît.
Le saisissant par le bras, l’infirmier l’entraînait à l’intérieur.
- Allez, JR Ewing, dans votre chambre ! Vous avez loupé le début de Dallas, à vos puits de pétrole, vite !
- Monsieur, je me plaindrai à vos supérieurs. Vous ne savez pas à qui vous parlez !
- Oh, si ! On viendra vous chercher pour la soupe. »
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21 novembre 2007
Roman inachevé (2/2)
Il se rabougrit sur son siège tandis que je levais les stores extérieurs. Ce qui l’avait poussé jusqu’ici tenait du service, à n’en pas douter. Il refusa un bonbon au miel que je lui proposais. Je déglutis et posais les coudes sur le bureau en signe d’attente. Mes bracelets artisanaux claquaient au moindre de mes mouvements. J’avais conscience du pouvoir de l’irritation.
- Je voulais vous demander une faveur. Le RMI doit tomber dans deux semaines mais j’ai besoin d’une avance. C’est un gros coup à ne pas louper. Quelqu’un s’est désisté du studio d’enregistrement et je peut prendre sa place pour pas cher. La chance d’une vie.
Je survolais d’un œil distant le courrier reçu. Mon scepticisme prédominait, apparent. Je me raclais la gorge.
- Rock-star, quelle originalité de perspective…
- Non, pop-star, insista le gamin soudain démis de son étrange timidité. Le créneau est plus porteur, le public plus large.
- C’est moins pire en effet.
Parfois une voix m’insufflait que je pouvais apparaître blasée. Ma conscience ne tardait pas alors à me rappeler sa lucidité. Je n’en avais jamais douté.
- Vous ne m’aimez pas, me demanda-t-il sans oser me considérer.
- Qu’est-ce qu’aimer, mon cher Nathan ? Une notion aussi fluctuante qu’obsolète. J’aime les flans pâtissiers, la sensation des vagues entre mes orteils, les séries télé policières comme les raisonnements cohérents…
- Et votre fille.
- Il faut bien.
- Il faut bien ?
- Anna est ma fille, c’est mon devoir que de l’aimer. Comme tu le fais avec tes parents.
- Pas trop en fait, si je dois être honnête.
- Je ne te demande pas de l’être, dis-je à bout de patience. Contentons-nous des formules de courtoisie.
- C’est bon pour mon avance alors ?
Je réfléchis un centième de dixième de secondes. Dans ma main, j’avais tous les arguments pour réfuter. Ensuite venaient les instants de délice. Ceux où je mimais la réflexion.
- Non.
- Comment ça : non ?
- N... O… N… No, niet, nada, que dalle. Tu veux que je cherche des synonymes ?
- Pourquoi faites-vous ça ?
- Pour éviter que tu sois dans la merde plus tard. Dans quelques temps tu me remercieras.
Polie mais ferme, je tentais d’écourter l’échange et de le raccompagner jusqu’à la sortie. Le bougre restait hébété sur son siège. Le monde semblait lui tomber sur les épaules. N’était pas Atlas qui voulait. Surtout celui qui vivait dans un monde d’illusions.
- Vous pensez que je ne suis pas à la hauteur de votre fille !
- Ne cherche pas à te faire de mal, Nathan. Je ne peux pas, je ne peux pas.
- Parce qu’elle est dans les études, vous pensez qu’elle a un avenir alors que moi je trime, donc je suis un looser. Et qu’ensemble, vu que je vais l’entraîner, on fonce dans une impasse.
Il n’était pas complément idiot. Cette révélation soudaine imposa un silence. J’aimais à ce que les gens comprennent d’eux-mêmes. Il était d’autant plus facile de leur faire avaler ensuite les pires couleuvres.
- Et si je vous prouve le contraire ?
- De quoi parles-tu ?
- Si je vous prouve que je suis digne de l’amour de votre fille, m’accorderez-vous l’avance ?
Plus il s’énervait et plus ses cheveux hirsutes, d’un noir opaque, dodelinaient. C’en était tellement attendrissant que je me devais de l’écouter. Par principe également :
- Pas de chanson à ma gloire, s’il te plait.
- Donnez-moi une semaine et je vous prouverais que je suis digne de confiance.
Intérieurement, j’oscillais entre la volonté d’écourter la conversation, pour reprendre mon rituel, et celle de me laisser prendre à son jeu. Les deux n’étaient pas incompatibles, contrairement aux apparences. La coïncidence tombait même à pic.
A sa grande surprise, je conclus le pacte en lui serrant la main. Il avait évité les questions sur l’encens, la veilleuse et la pénombre, voilà déjà un point à éviter au prochain repas de famille. Enfin lors d’un apéro avec le jus de fruits qu’il apportait, M. Nathan étant un végétarien pro-bio qui ne voulait pas forcer ses conceptions par conformisme.
- Six jours même. Tu as jusqu’à mardi prochain pour me le démontrer.
- Merci beaucoup, M’dame Kapler. Ca restera entre nous !
- J’entends bien.
Et je claquais alors la porte derrière lui et sombrais à nouveau dans la lumière de mon rituel.
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