19 novembre 2007

Roman inachevé (1/2)

Il y a des choses que l'on arrive pas à poursuivre, pour des raisons X ou Y. Voici le premier chapitre d'un roman inachevé.

 

 

Le temps est une autoroute. Il reste fixe, je suis mouvante. En quarante-six ans, je n’ai presque rien vu du paysage qui défilait autour de moi comme dans le rétroviseur. Foncer vers l’avant. Toujours suivre la ligne. C’est une question de choix que de savoir où l’on va.

C’est rassurant aussi.

 

 

Mon BAF (Boulot-Acquis-Famille) demeurait des plus socialement valorisés. Une belle maison décorée avec goût, le mien, une fille non parfaite mais peu engrossée de défauts, étaient autant de réussite à porter à mon crédit, fut-il passé. Ni trop de manques, ni à jalouser, j’appartenais à la caste de l’élite. Et pourtant, il y avait toujours ce moment où j’avais besoin de ça.

Je laissais ma main s’effiler sur la peinture grésée du mur. Que le contact était âpre sur ma peau si douce ! Je ne connaissais rien de tel que la mise en perspective pour comprendre. Pour se savoir vivant, il fallait s’éprouver. Le petit rituel – pèlerinage annuel – qui allait commencer dans quelques minutes l’illustrait de manière magistrale.

J’éteignis mon portable, rangeais mon badge de « conseillère financière » et commençais à abaisser les stores. Une mélodie, née des tréfonds de cette adolescence mise de côté, me revint au bord des lèvres. J’en souriais. Avec le temps, je persévérais dans les automatismes.

Ce rôle de bourgeoise auto-satisfaite, je le devais à mon ambition, surévaluée mais terriblement efficace. Elle m’avait conduit à rencontrer celui qui allait devenir mon mari. Mais avant les intimes familiarités, il y avait l’homme de pouvoir, un cadre des télécommunications au réseau influent. Certes, Jean-Jacques possédait nombre de qualités, la transparence restant celle qui lui revenait de droit. C’était à se demander à quoi il tenait cette gloire passée et acquise. A qui plutôt. Mes beaux-parents avaient certainement eu un rôle à jouer.

A mesure que les lamelles du store se refermaient, une pénombre, si propice à la solitude, s’installa. Une foule grouillait, gémissait et s’agitait dans la salle d’attente de la banque. Un matin on-ne-peut plus banal. Du coin de l’œil, je vérifiais à l’horloge aux couleurs accrocheuses. Imperméable comme un roc, mon regard se figea ainsi quelques instants. Le décompte des minutes, des secondes m’ancraient dans l’irréalité. Celle de l’autoroute du temps. Je pouvais enfin voir, comprendre, me recueillir.

Puis le moment arriva. Le tic de l’horloge provoqua un clac dans ma tête. Tout me revint en mémoire. J’avançais à pas mesurés, puis ouvris le tiroir de mon bureau. Lovée dans un fourbi à contre-nature de mon impériale rigueur se déployait une veilleuse électrique. Pas le truc pour bébé, orné de motifs puérils, non. C’était un bel étui translucide plastifié. Je le branchais aussitôt sur le multiprise, puis allumais un encens.

Le rituel pouvait commencer.

Adossée au siège en cuir, je fermais les yeux puis inspirais profondément. Mes mains se décrispaient peu à peu. Mon sang se liquéfiait derechef, libérant en moi un sentiment de toute-puissance. Je revivais.

Hélas, malgré toutes mes précautions, j’avais choisi un métier sensible. Je dus me conformer aux aléas de la clientèle, cette malléabilité si chère à mes responsables des ressources humaines et d’agence. Je daignais accorder un semblant d’attention à l’assistante, hésitante et fébrile, dans l’entrebâillement de la porte. Pauvre fille, constamment débordée.

« - Je sais que vous n’avez pas de rendez-vous, Mme Kapler, mais votre beau-fils insiste.

- Le copain de ma fille, rectifiais-je en éteignant l’encens entre le pouce et l’index.

- Nathan Peny, oui. Il désire s’entretenir avec vous. C’est très important.

- A notre époque, qu’est-ce qui est réellement important ? Faites-le venir. Mais c’est la dernière exception de la matinée.

Dans un salut militaire, l’assistante me remercia puis s’échappa pour regagner la fosse aux lions. Et ça grognait là-dedans.

- B’jour, M’dame Kapler. Désolé de vous déranger.

Je détestais cette manière de hacher les mots pour se donner un genre. Tant qu’à se démarquer autant le faire intelligemment.

- C’est fait maintenant. Assis-toi.

Nathan Peny. Vingt-cinq ans dans le dos et autant d’échecs endossés. A l’image de son passé, il possédait une silhouette décharnée, un squelette mou dissimulé sous une tenue aux teintes militaires. Il avait les cheveux en trac, le regard tout autant. Il misait sur le hors-norme pour se conformer. J’hésitais entre le croire bon à rien ou nul en tout. De toutes manières, il respirait l’échec, quoiqu’il fasse.

18 novembre 2007

Existe en ciel

 

ac4d5333b9c5a0854181891df0a119ba.jpg« Existe en ciel » a l'apparence d'un vieux désabusé. Ce genre de personnes que l'on croise dans son bâtiment, dans une file d'attente ou dans les lointaines ramifications d'une famille. Peu enclin à se dévoiler, il paraît abrupt, presque retranché dans un univers à part, bulle et remparts. Et l'étiquette est apposée, sceau de l'impénétrable, cherche pas plus loin. Pourtant...

 

La richesse de ce recueil de nouvelles est offerte aux persévérants, ceux qui veulent gratter l'écorce. Sa valeur n'en est que décuplée. Il n'est pourtant pas ici question d'élitisme snobinard, surement pas. Certains font leur fond de la forme, d'autres se gargarisent de rots gutturaux en souffle divin, ici la logique, cohérence subtile, est autre. Il s'agit juste d'une réelle vision personnelle, une écriture pensée(s). Un vrai talent.

 

Christine Spadaccini a la plume alerte, de celles qui vivent de ce qu'elles ont vécu. De celles qui touchent, émerveillent comme horrifient. Bref, de celles qui aiment la vie comme les vies. Vie et amour, deux leitmotivs, deux thématiques dualistes ou alternatives ancrées dans le fond comme dans la forme.

 

Mieux qu'un book, « Existe en ciel » varie les expériences pour un long tour en montagne russe. Entre tête à l'envers, vertiges et nausées, rien ne prédit ce qui va arriver. Rien sauf l'irresistible satisfaction de découvrir une nouvelle facette de ce talent qui ne cesse de se renouveler.

 

Je me suis ému de Lili-Marie, de cette main tendue à l'hopital ou de ce ballon noir ; ai ri, souri des coups du sort de Carmina Burinée et d'Anna K ; haï Moreno (porte poisse ce prénom !) dans une démonstration dérangeante de sa violence ordinaire... Pourtant, chacun et chacune ne possédaient rien d'exceptionnel, dans le sens sensationnel du terme. Le talent est celui de l'oeil porté sur ces vies, la plume d'un prisme où l'émotion est reine. Un flux électrique, fondamental et neuronal : des « Terminaisons nerveuses » qui se substituent aux discours bavards.

 

http://www.amazon.fr/Existe-en-Ciel-Christine-Spadaccini/...

12 novembre 2007

Cette musique dans ma tete (2/2)

.................................

 

Je voulais comprendre à tout prix. Cette musique n’était pas arrivée là par hasard. Il y avait bien une raison. Voilà le mystère que je voulais résoudre. Pourquoi ? Il me fallait chercher un sens à tout cela. Quelque chose me permettant de justifier cette musique, du fait qu’elle était là. Mais elle n’avait pas de raison d’être, donc pas de sens. Je ne comprenais toujours pas. Statu quo.

Par une grand-mère un peu sorcière, j’avais reçu une éducation stricte et juste, saupoudrée de relents ésotériques. Elle croyait beaucoup aux astres, aux signes, aux cartes et à ce genre de choses. Je me demandais alors s’il n’y avait pas là un début de réponse.

Dans un recoin de la bibliothèque, j’avais conservé d’elle ses carnets de recettes et des bouquins sur le surnaturel. A vrai dire, je ne les avais jamais feuilletés. Relativement sceptique avec l’âge, j’avais appris, seul, que les légendes resteraient à jamais des légendes. Que le Père Fouettard n’était qu’une raison de plus pour se faire obéir. Malgré tout, je pensais trouver un indice qui me permettrait de comprendre.

Une soirée entière je parcourus l’ensemble de qu’elle nommait « ses secrets de l’univers ». Construits, pour la plupart, sur des inepties aussi bancales que contradictoires, je découvrais finalement peu de choses pouvant m’aider. Une idée, cependant, s’installa dans ma tête, au coté de cette musique. Dans un chapitre sur l’ésotérisme, il était dit que le Chaman était un être qui liait deux mondes entre eux. L’un était fait de choses concrètes et vivantes et dans l’autre l’invisible régnait sur un univers rempli de morts et d’esprits. Le Chaman était le passeur. L’idée me fit sourire mais méritait réflexion. La musique passait-elle dans ce vecteur qu’était devenu mon corps, mon esprit ? Sinon, d’où pouvait-elle bien venir ? Etais-je le roi d’un univers parallèle ?

Après de longs instants d’hésitation, je rejetais cette idée. Trop discutable, trop irrationnelle. A part satisfaire un ego qui se suffisait déjà à lui-même, elle ne m’apporterait rien. Moi, Chaman ? Si le message qu’on voulait me faire passer était un message, ils pouvaient m’envoyer autre chose que des mièvreries !

Pour comprendre, je me résolu à écouter attentivement la musique. Elle était confuse et, à vrai dire, je n’en percevais qu’un faible brouhaha au rythme excessivement lent. Parfois des violoncelles, parfois des notes de pianos ou d’accords de guitare. A certains moments, j’entendais des mots. J’en retins un. Chocobon.

Je n’étais pas plus avancé. Ma grand-mère me disait qu’il fallait écouter les signes et savoir les interpréter. J’étais d’accord avec elle, il y avait tant à apprendre des autres. Lire dans les gestes, les portes qui s’ouvrent, les indices de sa propre route. Mais là…Chocobon…Qu’est-ce qu’il y a à comprendre ? Chocobon, avec du lait c’est bon. Chocobon, pour les filles et les garçons ? Je me surpris à réciter un slogan publicitaire. La tête sous l’oreiller, j’attendais de trouver le sommeil, le calme.

J’allais devenir fou. Par moment, elle devenait plus qu’insupportable, je m’efforçais alors de penser à autre chose. Je repensais aux vacances, à la mignonne voisine du bout de la rue, une tranche de saucisson. Mais la musique revenait ensuite, encore plus tyrannique. J’étais obstiné pourtant. Je devais, il fallait comprendre pourquoi.

Pris d’une frénésie délirante, je pensais à toute cause potentiellement explicable. L’espace d’un instant, je crus même être pris dans une faille spatio-temporelle où les voix de l’univers me parvenaient comme un message de paix. La musique, hymne de l’amour, venait en moi pour... Etait-ce tout simplement un signe de ma vocation, moi qui ne savais jouer d’aucun instrument ? Ma destinée prendrait-elle forme dans cette incompréhensible manifestation ? Etait-ce quelques prophéties divines en train de s’accomplir ? Sentant que je commençais à devenir mentalement instable, j’entreprenais finalement de ne pas chercher à comprendre. Cette musique était là, je ferais avec.

Elle continua ainsi de longs jours durant. Tantôt discrète, voire presque grésillante, tantôt portée par des piques d’intensité. Elle ne fut jamais réellement forte, juste suffisante pour me donner d’insupportables maux de tête. Ma carie se relança avec ces assauts assassins. J’espérais que ce n’était pas là son sens car je n’aimais pas vraiment mon dentiste.

C’était un vieux bougon obsédé par les cuisses de sa secrétaire. D’ailleurs, il ne la tarissait pas d’éloges. Malheureusement pour elle, ce n’était pas son travail qu’il encensait. Je retournais alors le consulter sept jours exactement après notre dernier rendez-vous. Il n’y avait peut-être là aucun signe, pourtant plus jamais après la musique ne revint. Parce qu’elle n’avait pas de sens mais une cause.

- C’est l’alliage de la couronne que je vous ai installée, me dit-il. Il arrive parfois que le matériau capte des ondes radios. Vous avez bien fait de m’en parlé. Je vais vous la changer.

- Purée...C’était donc à cause de ma dent que je captais de la musique ! Je me demandais d’où venaient ces mélodies mornes et déprimantes.

- Ca devait être RadioNostalgie, c’est la fréquence la plus répandue dans le coin. Surtout en ville. Mais ça aurait pu être pire. Dites-vous que vous auriez pu tomber sur une radio de hard rock ! »

 

 

11 novembre 2007

Cette musique dans ma tête (1/2)

 

Quand la musique est bonne,

Quand la musique donne ?

 

Tout cela a commencé une fin d’après-midi de janvier. Rentrant d’une visite chez le dentiste, je me baladais tranquillement en voiture. Il y avait beaucoup de circulation, les gens gueulaient, les voitures klaxonnaient. Moi, ça me faisait rire. Voir les jurons voler pour un feu à l’orange, quoi de plus drôle ? Il me sembla même, qu’au loin, un gars était sorti de sa voiture pour aller causer à un autre. Pathétique !

Enfin bref, j’étais confortablement installé dans mon fauteuil. Je crois que je redressais une baguette de pain sur le siège du passager quand ça a commencé. Venant de loin, un bruit de violons lancinant remonta jusqu’à moi. « Encore une de ces chansons pour midinettes ! », me suis-je dit en tournant le bouton de l’autoradio. Mais celui-ci n’était pas allumé. Je cherchais partout autour de moi qui avait la musique suffisamment forte pour que je l’entende à travers les vitres.

Sur ma gauche, un jeune hochait la tête, comme un pic vert excité, sur un rythme techno rapide. Je crus même un instant qu’il allait heurter le pare-brise à se secouer aussi frénétiquement. Pourtant sa musique n’était pas celle que j’entendais. Lui bougeait nerveusement, alors que ce que j’entendais était mou. Et surtout, ses lèvres oscillaient sur des mots qui n’étaient pas les miens. Je me résolus à attendre de sortir des embouteillages pour que ça s’estompe.

Mais la musique continua.

Après une bonne demi-heure de ralentissement, je rejoins mon chez-moi, ma si grande maison. Le tintamarre dans ma tête continua, moins perçant peut-être mais toujours présent. Je n’entendais alors qu’une longue et sourde lamentation de piano, et rien de plus. Je crus rêver mais il n’en était rien. Comme pour me faire réaliser, je repensais à Tante Jeanne. J’avais toujours dit d’elle qu’elle avait un grelot dans la tête. Elle n’aimait pas lorsque je lui disais, mais maintenant c’était moi qui avais tout l’orchestre ! Je décidais, amusé, de m’installer dans mon canapé.

J’éteignis vite la télé car les séries romantico-niaises me faisaient tourner la tête. Pour une fille, j’avais même essayer d’en suivre une ou deux. Mais je ne comprenais rien, comme pour cette musique. Je fis alors un petit somme. On était jeudi et il me restait une dure journée avant le week-end.

Le lendemain, rien ne s’était arrangé. Je me demandais même si ce n’était pas le bruit continuel et obsédant des machines qui en était la cause. Bien que portant un casque de protection et sachant que l’usine était strictement réglementée sur le bruit, j’entendais toujours la musique. Elle rythmait mes gestes, les rendant cadencés et plus véloces. Parfait pour un travail à la chaîne. Pourtant, je ne pouvais pas m’en défaire. C’était fatigant, usant à la longue. La mièvrerie des mélodies commença à me taper sur les nerfs, moi qui étais pourtant d’un flegme naturel. Toute cette histoire finirait bien par passer.

Hélas, non. Je passais alors le pire week-end de ma vie.

Suite demain

04 novembre 2007

Pas d'ici (Partie 3/3)

d48753133363a78b44c29643bed9a010.jpg Elle passe si près de moi, je lève la tête pour la regarder s’éloigner. C’étaient les pompiers. Ils doivent se rendre sur les lieux de l’accident. Enfin.

Je me dois maintenant retourner là-bas.

La faible clarté de la lune m’éclaire étrangement. Elle m’emporte, je la porte. J’ai l’impression d’être un cavalier errant sans monture. Près de moi, les roseaux semblent être les barreaux de ma prison. Comme livré à son flot, je m’écoule maintenant dans le sens du ruisseau, léger, sans bagages, nous sommes communs d’un même présent. Au loin, de l’autre côté, des champs s’étendent à perte de vue. Au printemps, rejailliront les plants de maïs, écloront les germes de blé, après la terre en friche la vie. Et moi, pendant ce temps, je continue ma marche, encore et encore. Enivré, servile, je mets bas des pas de badaud cadencés.

A la mesure de mon errance, ma colère s’estompe peu à peu, je me sentirais presque bien dans cette nature si lugubre. Je me rappelle avoir cracher à terre, l’asphalte, les herbes hautes ont sitôt fait de tout ensevelir. A mes pieds, une fine couche de neige prend forme, pure, gelée, limpide. Enfant, je passais mes hivers à me rouler dedans, des batailles de neige, la luge…Elle voudrait maintenant me garder à jamais. Si je me laisse engourdir, le froid me prendra. Je suis tellement frigorifié que je ne perçois de ma respiration que la brume de l’hiver. Je me contente de marcher, mains ballantes, dos voûté et regardant la neige. Son blanc me ternit le regard, sans traces, sans vagues, si simplement immaculé.

Une image de mort règne dans cette campagne abandonnée. Je m’arrête alors à l’entrée d’un virage. Les branches des arbres, dénudées, fendent le ciel comme des doigts longs, fins et acérés. La forêt, le sous bois, semblent m’appeler, leur chant silencieux voudrait me pénétrer et me saisir. A quelques centaines de mètres, le gyrophare des pompiers tournoie, j’entends même un certain brouhaha. Je me dois d’aller les rassurer.

Un tas de personne s’agite autour de ma voiture. Je perçois des cris, des pleurs. Je vois ma mère, en larmes, Marine également. Les bras de mon père tentent de la réconforter. Je voudrais leur crier que je vais bien mais je n’en ai pas la force. Je m’avance vers eux, cherchant les mots pour m’excuser.

Un jeune pompier passe et sort un masque à oxygène. Un autre soulève un réanimateur. « Je vais bien… ». Ma voix ne trouve pas d’écho, pas plus je ne peux la soulever. Ils se précipitent vers la carcasse de la voiture.

J’essaie de parler mais les mots me raclent la gorge. Dos à moi, ils ne peuvent pas me voir, m’entendre, je m’approche lentement. La démarche boiteuse, j’essaie de me donner un semblant de droiture pour ne pas trop les inquiéter. Marine est là, juste à coté de la voiture, serrant mon écharpe contre son cou. Je veux poser ma main sur son épaule mais elle se détourne au même instant et tombe dans les bras de ma mère. Je découvre soudain la voiture, les sièges arrières, le capot, le siège du conducteur…

Un pompier vient d’ouvrir la porte. Un autre extrait l’individu écrasé contre le volant. Je suis tétanisé, je n’ose pas bouger.

La tête du cadavre bascule vers l’arrière et son regard inerte croise le mien. Je m’écroule à genoux, sans personne pour me remarquer. Au fond de moi, je trouve alors la force de crier mon désespoir dans les ténèbres de la nuit. Plus aucun ne peut m’entendre… Ce mort, c’est moi.